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Quelles sont les principales défaillances du marché ?

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Quelles sont les principales défaillances du marché ?

Le marché concurrentiel maximise les gains à l'échange, à condition que ses hypothèses soient réunies. Or, dans bien des cas, le marché laissé à lui-même conduit à un résultat inefficace : une usine pollue une rivière sans payer, personne ne finance l'éclairage public, les bons vendeurs de voitures d'occasion disparaissent faute de pouvoir prouver leur qualité. Ces situations sont des défaillances du marché : le marché existe mais fonctionne mal, ou n'existe pas du tout. Ce chapitre présente trois défaillances majeures, les externalités, les biens communs et collectifs, les asymétries d'information, et les réponses des pouvoirs publics.

1. Les externalités

1.1 Définition

Une externalité est l'effet de l'activité d'un agent sur le bien-être d'un autre, sans compensation par le marché : ni paiement ni dédommagement. Elle peut être négative (coût subi par un tiers) ou positive (bénéfice reçu par un tiers).

TypeExemples
négativepollution d'une usine, bruit d'un aéroport, émissions de CO₂ d'une voiture, tabagisme passif, embouteillages
positiveapiculteur dont les abeilles pollinisent les vergers voisins, vaccination (protège aussi les autres), rénovation d'une façade, recherche fondamentale

1.2 Pourquoi le marché est défaillant : l'exemple de la pollution

Une usine de papier rejette des effluents dans une rivière. Pour produire, elle ne compte que ses coûts privés (bois, énergie, salaires) ; elle ignore le coût externe supporté par les pêcheurs, la station d'épuration en aval, les riverains. Le coût social (coût privé + coût externe) est supérieur au coût privé. Le prix du marché, fixé sur le coût privé, est trop bas et la quantité produite trop élevée par rapport à l'optimum social : le marché produit trop de biens polluants.

Exemple chiffré : coût marginal privé d'une tonne de papier 400400 €, dommage externe 100100 € par tonne, coût social 500500 €. Avec une demande Q=1000pQ = 1\,000 - p : le marché produit 600600 tonnes (p=400p = 400) alors que l'optimum est 500500 tonnes (p=500p = 500) : 100100 tonnes de trop, dont le dommage (100100 € chacune) dépasse la valeur pour les acheteurs.

Symétriquement, une externalité positive conduit à une production trop faible : l'apiculteur ne reçoit rien pour la pollinisation, il installe moins de ruches que ce qui serait bon pour tous.

2. Biens communs et biens collectifs

2.1 Deux critères : rivalité et excluabilité

Un bien est rival si sa consommation par une personne en prive les autres (une pomme) ; non rival sinon (une émission de radio). Il est excluable si l'on peut empêcher ceux qui ne paient pas d'en profiter (un cinéma) ; non excluable sinon (un feu d'artifice).

ExcluableNon excluable
Rivalbien privé (pain, voiture)bien commun (poissons de l'océan, nappe phréatique, pâturage collectif, climat)
Non rivalbien de club (chaîne payante, autoroute à péage)bien collectif (éclairage public, défense nationale, phare, connaissance)

2.2 Le marché est défaillant

  • Biens communs : chacun a intérêt à prélever le plus possible (poissons) tant que la ressource est accessible ; personne ne supporte seul le coût de l'épuisement : la ressource est surexploitée, c'est la « tragédie des biens communs » (effondrement des stocks de morue, surexploitation des nappes, réchauffement climatique).
  • Biens collectifs : puisqu'on ne peut exclure personne, chacun a intérêt à laisser les autres payer et à profiter gratuitement : c'est le comportement de passager clandestin. Aucune entreprise privée ne peut vendre un phare ou l'éclairage public : le marché ne produit pas ces biens, ou pas assez, alors qu'ils sont utiles à tous.

3. Les asymétries d'information

3.1 Définition

Il y a asymétrie d'information quand l'un des deux partenaires d'un échange en sait plus que l'autre sur le bien ou sur son propre comportement. Le modèle concurrentiel suppose une information parfaite ; sans elle, le marché peut fonctionner mal ou disparaître. Deux formes principales :

3.2 La sélection adverse : les voitures d'occasion

Sur le marché des voitures d'occasion (Akerlof, 1970), le vendeur connaît l'état réel de sa voiture, l'acheteur non. Supposons que la moitié des voitures sont bonnes (valeur 1000010\,000 €) et la moitié mauvaises (40004\,000 €). Ne pouvant les distinguer, l'acheteur propose au plus le prix moyen, 70007\,000 €. À ce prix, les propriétaires de bonnes voitures refusent de vendre : seules les mauvaises restent sur le marché. Les acheteurs, le comprenant, baissent leur offre vers 40004\,000 € : les vendeurs de voitures moyennes se retirent à leur tour… La sélection adverse (ou antisélection) chasse les bons produits ; à la limite, le marché peut ne pas avoir d'équilibre et disparaître, alors que des échanges auraient été mutuellement avantageux.

Autres exemples : assurance santé (les personnes qui savent qu'elles sont à risque s'assurent le plus, ce qui fait monter les primes et fuir les bons risques), crédit (les emprunteurs risqués acceptent des taux élevés).

3.3 L'aléa moral : l'assurance

L'aléa moral (ou risque moral) apparaît après la signature du contrat : un agent, sachant qu'il est couvert, modifie son comportement au détriment de l'autre partie, qui ne peut l'observer. Une personne assurée contre le vol ferme moins soigneusement sa voiture ; un conducteur tous risques conduit moins prudemment ; un salarié dont l'effort n'est pas contrôlé en fait moins. L'assureur, qui ne peut surveiller, subit plus de sinistres que prévu ; les primes montent, certains renoncent à s'assurer.

3.4 Des remèdes privés

Les acteurs inventent des dispositifs pour réduire l'asymétrie : signaux de qualité (garanties, labels, diplômes, contrôle technique, avis en ligne), franchises et bonus-malus dans l'assurance (l'assuré supporte une part du risque), contrats incitatifs. Ils sont souvent insuffisants ou coûteux.

4. L'intervention des pouvoirs publics

Face à ces défaillances, l'État et les collectivités interviennent pour rapprocher le marché de l'optimum :

DéfaillanceInstrumentsExemples
externalité négativetaxe égale au dommage (le pollueur paie, le coût social entre dans son prix) ; réglementation (normes, interdictions) ; marché de droits à polluer (quotas échangeables)taxe carbone, malus automobile, normes d'émission, marché européen du carbone, interdiction de l'amiante
externalité positivesubvention égale au bénéfice externe ; obligationaides à la rénovation énergétique, remboursement des vaccins, vaccination obligatoire, financement de la recherche
biens communsquotas, permis, droits de propriété ou gestion collective, réglementationquotas de pêche, permis de prélèvement d'eau, réserves
biens collectifsproduction publique financée par l'impôt (contrainte qui supprime le passager clandestin)éclairage, défense, justice, routes, recherche fondamentale
asymétries d'informationobligation d'information (étiquetage, diagnostics immobiliers, contrôle technique), assurance obligatoire (supprime la sélection adverse : tout le monde cotise), contrôle des comportementsSécurité sociale, assurance automobile obligatoire, réglementation bancaire, garanties légales

L'intervention a elle-même des limites : coût d'information (fixer la taxe au bon niveau suppose de connaître le dommage), coûts administratifs, risques de fraude, contestation politique (taxe carbone et « gilets jaunes »). Le choix de l'instrument relève d'un débat économique et démocratique.

5. Exemple résolu pas à pas

Énoncé. Une cimenterie émet 22 tonnes de CO₂ par tonne de ciment ; le dommage climatique est estimé à 5050 € la tonne de CO₂. Coût marginal privé du ciment : 6060 € la tonne ; demande Q=4002pQ = 400 - 2p (milliers de tonnes). a) Calculer le coût externe et le coût social d'une tonne de ciment. b) Déterminer la quantité produite par le marché et l'optimum social. c) Quelle taxe par tonne de ciment permet d'atteindre l'optimum ? Calculer la recette fiscale. d) Citer deux autres instruments possibles et une limite de la taxe.

Résolution.

a) Coût externe : 2×50=1002 \times 50 = 100 € ; coût social : 60+100=16060 + 100 = 160 € par tonne.

b) Marché : p=60p = 60, Q=400120=280Q = 400 - 120 = 280 milliers de tonnes. Optimum : p=160p = 160, Q=400320=80Q = 400 - 320 = 80 milliers de tonnes : le marché produit 200200 milliers de tonnes de trop.

c) Une taxe de 100100 € par tonne (le coût externe) porte le coût privé à 160160 € : la production tombe à 8080. Recette : 100×80=8000100 \times 80 = 8\,000 milliers d'euros, soit 88 millions.

d) Réglementation (norme d'émission, quota) ou marché de droits à polluer ; limite : il faut estimer correctement le dommage, et la taxe renchérit le ciment, ce qui pèse sur le bâtiment et peut être contesté.


🎯 Rédiger. Nommer la défaillance, expliquer pourquoi le marché échoue (coût non payé, passager clandestin, information cachée), puis relier à l'instrument public adapté ; pour une externalité, distinguer coût privé, coût externe et coût social.


📌 À retenir

  1. Externalité : effet d'une activité sur un tiers sans compensation ; négative (pollution : coût social > coût privé, production trop élevée) ou positive (vaccination, abeilles : production trop faible).
  2. Biens communs (rivaux, non excluables : poissons, climat) → surexploitation ; biens collectifs (non rivaux, non excluables : éclairage, défense) → passager clandestin, non produits par le marché.
  3. Asymétries d'information : sélection adverse (information cachée avant l'échange : voitures d'occasion, les bons produits quittent le marché, possible absence d'équilibre) et aléa moral (comportement caché après le contrat : assurance).
  4. Pouvoirs publics : taxes et subventions, réglementation, marchés de droits, quotas, production publique financée par l'impôt, obligations d'information et d'assurance ; avec leurs propres limites.

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