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La difficile entrée dans l'âge démocratique : la Deuxième République et le Second Empire

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La difficile entrée dans l'âge démocratique : la Deuxième République et le Second Empire

En février 18481848, la France instaure le suffrage universel masculin : d'un coup, le corps électoral passe de 240000240\,000 à plus de 9 millions d'électeurs. C'est l'entrée dans l'âge démocratique. Pourtant, cette avancée ne tranche pas la question ouverte depuis 17891789 : quel régime pour la France ? La Deuxième République (18481848-18521852) échoue en quatre ans, minée par ses divisions ; le Second Empire (18521852-18701870) de Napoléon III combine autorité, suffrage universel et prospérité avant de s'ouvrir sous la pression des oppositions et de s'effondrer dans la guerre. Ce chapitre montre comment le suffrage universel a été conquis, confisqué, puis apprivoisé.

1. 1848 : les affirmations fondatrices de la République

1.1 La révolution de février

La crise économique de 18461846-18471847 (mauvaises récoltes, faillites, chômage) et le refus de Guizot d'élargir le suffrage (campagne des banquets) provoquent l'insurrection des 22-24 février 1848 à Paris. Louis-Philippe abdique ; un Gouvernement provisoire proclame la République le 2424 février, à l'Hôtel de Ville. Alphonse de Lamartine, poète devenu ministre des Affaires étrangères, en est la figure : le 2525 février, il repousse le drapeau rouge des insurgés au nom du drapeau tricolore, qui « a fait le tour du monde avec le nom, la gloire et la liberté de la patrie ».

1.2 Les idéaux hérités de la Révolution

En quelques semaines, le Gouvernement provisoire réalise le programme démocratique hérité de 17891789-17931793 :

  • suffrage universel masculin (22 mars 18481848) : tout homme de 2121 ans vote ; 9,49{,}4 millions d'électeurs contre 240000240\,000 ;
  • abolition de l'esclavage dans les colonies (décret Schœlcher, 2727 avril 18481848) ;
  • abolition de la peine de mort en matière politique, liberté de la presse et de réunion ;
  • droit au travail proclamé, Ateliers nationaux pour les chômeurs parisiens, journée de travail réduite à 1010 heures à Paris.

Les élections à l'Assemblée constituante (2323 avril 18481848, 84%84\,\% de participation) sont les premières au suffrage universel en Europe : elles envoient une majorité de républicains modérés et de notables, les campagnes votant pour l'ordre.

George Sand, romancière célèbre, s'engage aux côtés des républicains socialistes (Ledru-Rollin, Louis Blanc) : elle rédige des Bulletins de la République, fonde un journal, mais ne réclame pas le vote des femmes, jugeant la société non prête ; les femmes restent exclues du suffrage « universel », malgré les demandes de la Voix des femmes d'Eugénie Niboyet.

2. L'échec du projet républicain (1848-1851)

2.1 Les tensions

La République est traversée de tensions : conservateurs contre républicains, villes contre campagnes (les paysans rejettent l'impôt des « 4545 centimes » créé en mars), bourgeois contre ouvriers. La fermeture des Ateliers nationaux (coûteux, 100000100\,000 inscrits) provoque l'insurrection ouvrière des journées de juin (2323-2626 juin 18481848) : l'Assemblée donne les pleins pouvoirs au général Cavaignac, la répression fait plus de 40004\,000 morts, 1100011\,000 arrestations, des déportations en Algérie. Le peuple parisien et la République bourgeoise se séparent.

2.2 Louis-Napoléon Bonaparte, premier président de la République

La Constitution de novembre 18481848 crée un président de la République élu au suffrage universel pour 44 ans, non rééligible, face à une Assemblée unique. Le 1010 décembre 18481848, Louis-Napoléon Bonaparte, neveu de l'empereur, est élu avec 74%74\,\% des voix (5,45{,}4 millions) contre Cavaignac (1,41{,}4 million) et Ledru-Rollin : les paysans votent pour le nom de Napoléon, symbole d'ordre et de gloire. L'Assemblée législative de 18491849 est dominée par le parti de l'Ordre (monarchistes), qui restreint le suffrage universel (loi du 31 mai 1850 : 33 ans de résidence, 33 millions d'électeurs écartés) et la liberté de la presse, et confie l'enseignement à l'Église (loi Falloux, 18501850).

2.3 Le coup d'État du 2 décembre 1851

Non rééligible, le président tente de faire réviser la Constitution ; devant le refus, il fait le coup d'État du 2 décembre 1851 (anniversaire d'Austerlitz et du sacre) : dissolution de l'Assemblée, arrestation des chefs de l'opposition, rétablissement du suffrage universel pour légitimer l'opération. La résistance parisienne (mort du député Baudin) et surtout rurale (Var, Drôme, Yonne) est écrasée : environ 2700027\,000 arrestations, 1000010\,000 déportations en Algérie. Un plébiscite (2121 décembre) approuve le coup d'État par 7,47{,}4 millions de oui contre 640000640\,000 non. Un an plus tard, le 22 décembre 18521852, l'Empire est rétabli : Louis-Napoléon devient Napoléon III.

L'échec de la République

3. Le Second Empire : un régime autoritaire fondé sur le suffrage universel

3.1 Les institutions

Le Second Empire est un régime autoritaire : l'empereur détient l'exécutif et l'initiative des lois, nomme les ministres qui ne dépendent que de lui ; le Corps législatif, élu au suffrage universel, ne peut ni proposer ni amender librement les lois ; le Sénat est nommé. L'État est renforcé : candidatures officielles soutenues par les préfets, presse soumise à l'autorisation et aux avertissements, réunions et associations interdites, surveillance policière. Mais le régime revendique le suffrage universel et le plébiscite (18511851, 18521852, 18701870) comme source de sa légitimité : Napoléon III se veut l'élu du peuple, au-dessus des partis.

3.2 Prospérité et grandeur

Le régime s'appuie sur la prospérité économique : chemins de fer (30003\,000 à 1700017\,000 km), banques (Crédit mobilier des Pereire, 18521852), grands magasins, Paris haussmannien, traité de libre-échange avec le Royaume-Uni (18601860), Expositions universelles de 18551855 et 18671867. Il mène une politique de grandeur nationale : guerre de Crimée (18541854-18561856) et congrès de Paris, guerre d'Italie (18591859) et rattachement de Nice et de la Savoie (18601860), expansion coloniale (Algérie, Sénégal, Cochinchine, Nouvelle-Calédonie), percement du canal de Suez (18691869) ; mais l'expédition du Mexique (18621862-18671867) est un échec.

3.3 Oppositions et répression

L'opposition républicaine est décapitée par l'exil et la déportation : Victor Hugo, proscrit à Jersey puis Guernesey, dénonce « Napoléon le Petit » (18521852) et publie Les Châtiments (18531853) ; Edgar Quinet, historien, s'exile en Suisse ; Ledru-Rollin à Londres. Les royalistes (légitimistes, orléanistes), les catholiques après la politique italienne (18591859), les libéraux (Thiers, discours des « libertés nécessaires », 18641864) et le mouvement ouvrier (manifeste des Soixante, 18641864) forment peu à peu une opposition plurielle. Aux élections de 18631863, l'opposition obtient 22 millions de voix et gagne Paris et les grandes villes ; en 18691869, plus de 33 millions.

3.4 L'Empire libéral et la chute

Pour durer, Napoléon III fait des concessions : droit d'adresse (18601860), droit de grève (18641864), liberté de réunion et allègement de la presse (18681868), puis l'Empire libéral de 18701870 : ministère Émile Ollivier, Corps législatif qui partage l'initiative des lois, gouvernement responsable. Le plébiscite du 88 mai 18701870 approuve ces réformes (7,37{,}3 millions de oui) : le régime semble renforcé. Mais la guerre déclarée à la Prusse (1919 juillet 18701870) tourne au désastre : Napoléon III est fait prisonnier à Sedan le 22 septembre ; le 44 septembre 18701870, Paris proclame la Troisième République.

4. Exemple résolu : analyser un document

Document. Victor Hugo, Napoléon le Petit, 18521852 : « Le 2 décembre est un crime. […] Ce faux serment est le plus grand des crimes ; le parjure d'un homme qui avait juré, devant Dieu et devant le peuple, de garder la Constitution. […] Tenez-vous pour dit, Monsieur Bonaparte, que le suffrage universel que vous avez rétabli le lendemain de votre crime n'est qu'un mensonge : voter sous la baïonnette, ce n'est pas voter. »

Consigne. Montrer que ce texte est une œuvre d'opposant et expliquer ce qu'il révèle du rapport du Second Empire au suffrage universel.

Résolution.

  1. Présenter : pamphlet de Victor Hugo, poète et député républicain proscrit après le coup d'État, publié à Bruxelles en 18521852 et interdit en France ; Hugo restera en exil jusqu'en 18701870.
  2. Une œuvre d'opposant : vocabulaire de l'accusation (« crime », « parjure », « mensonge »), rappel du serment de 18481848 violé par le président non rééligible, refus du titre impérial (« Monsieur Bonaparte »), ironie du titre (« le Petit » contre le Grand). La proscription (Hugo, Quinet) montre la répression.
  3. Le rapport au suffrage universel : Hugo pointe le paradoxe du régime, qui restaure le suffrage universel supprimé par la loi de 18501850 mais l'encadre (plébiscite sous état de siège, candidatures officielles, presse muselée) : « voter sous la baïonnette ». Le Second Empire se fonde sur le vote populaire tout en le contrôlant.
  4. Portée : la critique de Hugo nourrit l'opposition républicaine ; elle est en partie démentie par l'évolution libérale des années 18601860, mais confirmée par le maintien des candidatures officielles jusqu'en 18701870.

🎯 Rédiger. Chiffrer le suffrage universel (2400009240\,000 \to 9 millions) ; nommer les tensions de 18481848 avec leurs acteurs ; distinguer dans le Second Empire l'autorité (institutions, répression) et le suffrage universel (plébiscites) ; dater l'évolution libérale.


📌 À retenir

  1. Février 1848 : République ; suffrage universel masculin (22 mars, 9,49{,}4 millions d'électeurs), abolition de l'esclavage (2727 avril), libertés, droit au travail ; Lamartine, George Sand.
  2. Échec : tensions villes / campagnes, bourgeois / ouvriers (journées de juin, Cavaignac), conservateurs / républicains ; Louis-Napoléon Bonaparte élu président le 1010 décembre 18481848 (74%74\,\%) ; parti de l'Ordre, loi du 3131 mai 18501850 ; coup d'État du 2 décembre 1851, plébiscite, Empire (22 décembre 18521852).
  3. Second Empire : autoritaire (Corps législatif sans pouvoir, candidatures officielles, censure, État renforcé) mais fondé sur le suffrage universel et le plébiscite ; prospérité (chemins de fer, Haussmann, libre-échange) et grandeur (Crimée, Italie, Nice et Savoie, Suez, échec du Mexique).
  4. Oppositions : proscrits (Hugo, Quinet), royalistes, catholiques, libéraux (Thiers), ouvriers ; concessions (droit de grève 18641864, presse 18681868), Empire libéral (18701870) ; chute à Sedan (22 septembre 18701870), République le 44 septembre.

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