Cours
Un embrasement mondial et ses grandes étapes
L'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand à Sarajevo, le juin , déclenche en cinq semaines une guerre que personne n'a su arrêter. Prévue courte, elle dure quatre ans et trois mois, mobilise 70 millions de soldats et s'étend à toute la planète par le jeu des alliances et des empires coloniaux. Ce chapitre présente les motivations et les buts de guerre des belligérants, l'extension progressive du conflit, l'échec de la guerre de mouvement et le passage à la guerre de position, les formes terrestre, navale et aérienne de la guerre, l'implication des empires coloniaux et la désintégration de l'empire russe, à travers quatre points de passage : Tannenberg et la Marne (), les Dardanelles (), la Somme (), la dernière offensive allemande (mars ).
1. Pourquoi la guerre ? Motivations et buts de guerre
1.1 Les tensions d'avant 1914
L'Europe de est divisée en deux systèmes d'alliances : la Triple-Alliance (Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie, ) et la Triple-Entente (France, Russie, Royaume-Uni, ). Les tensions s'accumulent : revanche française pour l'Alsace-Lorraine, rivalités coloniales (crises marocaines , ), course aux armements (marine allemande contre britannique, loi des trois ans en France, ), nationalismes exacerbés, et surtout les Balkans, « poudrière de l'Europe », où l'Autriche-Hongrie et la Russie se disputent l'héritage ottoman (guerres balkaniques -) et où la Serbie, soutenue par la Russie, menace l'empire austro-hongrois.
1.2 De l'attentat à la guerre générale
Après Sarajevo, l'Autriche adresse un ultimatum à la Serbie ( juillet) et lui déclare la guerre ( juillet) ; la Russie mobilise ( juillet) ; l'Allemagne déclare la guerre à la Russie ( août) et à la France ( août) et envahit la Belgique neutre ; le Royaume-Uni entre en guerre le août. L'engrenage des alliances et des mobilisations, la conviction que la guerre sera courte (« Berlin à Noël »), la faillite des socialistes (assassinat de Jaurès le juillet, ralliement à l'Union sacrée) expliquent l'embrasement.
1.3 Les buts de guerre
Chaque belligérant se dit en légitime défense mais poursuit des buts de guerre : la France veut récupérer l'Alsace-Lorraine et abaisser l'Allemagne ; l'Allemagne (programme de septembre ) vise l'hégémonie continentale (annexions en Belgique et en France, Mitteleuropa) et l'expansion coloniale ; l'Autriche-Hongrie veut écraser la Serbie ; la Russie protège les Slaves et vise les Détroits ; le Royaume-Uni défend l'équilibre européen, la Belgique et sa suprématie maritime ; l'Italie (entrée en après le pacte de Londres) veut le Trentin et Trieste ; l'Empire ottoman (novembre ) espère reconquérir le Caucase.
2. Les grandes étapes : de la guerre de mouvement à la guerre de position
2.1 1914 : l'échec de la guerre de mouvement
L'Allemagne applique le plan Schlieffen : écraser la France en six semaines en passant par la Belgique, puis se retourner contre la Russie. En août, les armées allemandes bousculent les Franco-Britanniques (bataille des Frontières, morts français le août) et approchent de Paris. À l'est, les Russes envahissent la Prusse-Orientale mais sont écrasés à Tannenberg (- août , Hindenburg et Ludendorff : prisonniers). Sur la Marne (- septembre ), Joffre contre-attaque avec les taxis de la Marne et la BEF : l'armée allemande recule sur l'Aisne ; la « course à la mer » étend le front jusqu'à la Manche. Fin , le front ouest est figé de la mer du Nord à la Suisse ( km) : la guerre de mouvement a échoué des deux côtés.
2.2 1915-1916 : la guerre de position
Les soldats s'enterrent dans les tranchées : réseaux de fossés, barbelés, abris, boue, rats, artillerie qui cause des pertes, mitrailleuses, gaz (Ypres, avril ). Les offensives pour percer échouent au prix de pertes énormes : Artois et Champagne (), Verdun (février-décembre , offensive allemande pour « saigner » l'armée française : morts, Pétain et la Voie sacrée), la Somme ( juillet - novembre , offensive franco-britannique : morts britanniques le premier jour, million de pertes pour km gagnés, premiers chars le septembre). Le front ne bouge presque pas ; la guerre devient une guerre d'usure.
2.3 L'extension mondiale
Le conflit s'étend par les alliances et les empires : Japon (, contre les possessions allemandes du Pacifique), Empire ottoman (novembre ), Italie (mai ), Bulgarie (), Roumanie (), États-Unis ( avril , après la guerre sous-marine à outrance et le télégramme Zimmermann), Grèce, Chine, Brésil. Des fronts s'ouvrent au Moyen-Orient (Palestine, Mésopotamie, révolte arabe de ), dans les Balkans (Salonique), en Afrique (Togo, Cameroun, Afrique orientale allemande), dans le Caucase. En , l'expédition des Dardanelles (février - janvier ) veut forcer les Détroits pour ravitailler la Russie et éliminer l'Empire ottoman : les débarquements de Gallipoli ( avril ) des troupes britanniques, françaises, australiennes et néo-zélandaises (ANZAC) échouent devant la résistance ottomane (Mustafa Kemal) : pertes de chaque côté, évacuation en janvier .
2.4 Les formes de la guerre : terre, mer, air
- Guerre terrestre : tranchées, artillerie lourde, mitrailleuses, gaz, chars (-), millions d'obus ; batailles d'usure.
- Guerre navale : blocus britannique de l'Allemagne (famine, « hiver des navets » -), bataille du Jutland ( mai , seule grande bataille de cuirassés), guerre sous-marine allemande (Lusitania, mai , morts ; guerre à outrance en qui coule millions de tonnes et provoque l'entrée en guerre américaine).
- Guerre aérienne : de l'observation à la chasse (Guynemer, Richthofen) et au bombardement (Zeppelins et Gotha sur Londres et Paris) : nouvelle dimension.
3. Les empires coloniaux et la désintégration de l'empire russe
3.1 L'implication des empires coloniaux
Les empires britannique et français mobilisent leurs colonies : le Royaume-Uni fait venir million d'Indiens, les dominions (Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud : million) ; la France recrute environ 600 000 soldats coloniaux (tirailleurs sénégalais, ; Algériens, Tunisiens, Marocains, Indochinois, Malgaches) et travailleurs coloniaux et chinois pour les usines et l'arrière. Recrutement souvent forcé (révoltes en AOF en -, Blaise Diagne chargé en de recruter), emploi comme troupes de choc (Chemin des Dames, ) ; l'empire devient une ressource humaine et économique (matières premières), et les combats atteignent l'Afrique.
3.2 La désintégration de l'empire russe
L'empire russe, vaste mais mal industrialisé, subit des défaites (Tannenberg, Gorlice , retraite de Pologne), million de morts, des pénuries et la désorganisation ; l'offensive Broussilov () est un succès sans lendemain. En février 1917, la révolution renverse le tsar Nicolas II ; le gouvernement provisoire poursuit la guerre, mais l'armée se disloque ; en octobre 1917, les bolcheviks de Lénine prennent le pouvoir en promettant la paix : décret sur la paix, armistice, puis traité de Brest-Litovsk ( mars ) par lequel la Russie perd la Pologne, les pays baltes, l'Ukraine, la Finlande. L'empire des tsars se désintègre ; l'Allemagne peut transférer ses troupes à l'ouest.
3.3 Mars 1918 : la dernière offensive allemande
Libéré à l'est, Ludendorff lance le 21 mars 1918 l'opération Michael en Picardie : troupes d'assaut, bombardement de canons, percée de km, Paris bombardé par la « Grosse Bertha » ; quatre autres offensives suivent jusqu'en juillet (Chemin des Dames, Marne). Le commandement unique confié à Foch ( mars) tient ; la seconde bataille de la Marne ( juillet) puis la contre-offensive du 8 août (« jour de deuil de l'armée allemande », chars et aviation) avec les Américains ( millions d'hommes à l'automne) font reculer l'Allemagne épuisée ; la Bulgarie, l'Empire ottoman, l'Autriche capitulent ; l'armistice est signé à Rethondes le 11 novembre 1918.
4. Exemple résolu : analyser un document
Document. Ordre du jour de Joffre, septembre : « Au moment où s'engage une bataille d'où dépend le salut du pays, il importe de rappeler à tous que le moment n'est plus de regarder en arrière. Tous les efforts doivent être employés à attaquer et à refouler l'ennemi. Une troupe qui ne peut plus avancer devra, coûte que coûte, garder le terrain conquis et se faire tuer sur place plutôt que de reculer. »
Consigne. Présenter le contexte et montrer ce que ce texte révèle de la bataille de la Marne et de la guerre de .
Résolution.
- Présenter : ordre du général en chef Joffre à l'aube de la bataille de la Marne, après un mois de retraite depuis la bataille des Frontières ; l'armée allemande, appliquant le plan Schlieffen, est à km de Paris mais a découvert son flanc.
- Ce que révèle le texte : gravité (« salut du pays »), retournement (fin de la retraite, contre-attaque), exigence de sacrifice (« se faire tuer sur place ») typique de la doctrine de l'offensive et de la mentalité de ; la bataille (- septembre, millions d'hommes, taxis de la Marne) est gagnée : les Allemands reculent sur l'Aisne.
- Portée : la Marne sauve la France mais ne décide rien : elle marque l'échec de la guerre de mouvement et ouvre, après la course à la mer, quatre ans de guerre de position ; à l'est, la même semaine, Tannenberg a détruit l'armée russe envahissante.
🎯 Rédiger. Dater les étapes ( Marne et Tannenberg, Dardanelles, Verdun et Somme, États-Unis et révolutions russes, mars , novembre) ; distinguer mouvement et position ; énumérer les formes de la guerre (terre, mer, air) ; expliquer l'extension par les alliances et les empires.
📌 À retenir
- Causes : alliances (Triple-Alliance, Triple-Entente), revanche, rivalités coloniales et navales, nationalismes, Balkans ; Sarajevo ( juin ) et engrenage du juillet au août ; buts de guerre propres à chaque belligérant.
- 1914 : plan Schlieffen, Tannenberg (- août) et Marne (- septembre) : échec de la guerre de mouvement, front figé sur km.
- Guerre de position : tranchées, artillerie, gaz ; Verdun et Somme (, chars) : usure ; guerre navale (blocus, Jutland, sous-marins) et aérienne.
- Extension mondiale : Ottomans, Italie, États-Unis () ; Dardanelles (, échec) ; fronts africains et orientaux ; empires coloniaux ( soldats coloniaux français).
- Russie : défaites, révolutions de , Brest-Litovsk (mars ) ; 21 mars 1918 dernière offensive allemande, Foch, contre-offensive, armistice du 11 novembre 1918.
Révise ce chapitre avec KlarIA
Tuteur qui t'explique pas à pas, quiz pour t'entraîner, flashcards pour mémoriser. Gratuit.
Créer mon compte gratuitement→