Cours
L'Europe entre restauration et révolution (1814-1848)
Après vingt-cinq ans de Révolution et de guerres, les vainqueurs de Napoléon veulent clore la Révolution : rétablir les rois « légitimes » et un équilibre entre les puissances. C'est l'œuvre du congrès de Vienne (-). Mais l'ordre restauré est fragile : en France, deux monarchies constitutionnelles successives (Charte de , Charte révisée de ) montrent qu'on ne peut plus gouverner sans constitution ni assemblée ; en Europe, les idées libérales et le mouvement des nationalités, portés par des écrits, des sociétés secrètes et des exilés, débouchent sur deux vagues révolutionnaires, en 1830 et en 1848.
1. Clore la Révolution : le congrès de Vienne et la Restauration
1.1 Metternich et le congrès de Vienne (1815)
De septembre à juin , les représentants des puissances victorieuses (Autriche de Metternich, Russie du tsar Alexandre Ier, Prusse, Royaume-Uni de Castlereagh) et la France de Talleyrand redessinent l'Europe au congrès de Vienne. Deux principes : la légitimité (retour des dynasties chassées : Bourbons en France, en Espagne, à Naples) et l'équilibre (aucune puissance ne doit dominer). La France est ramenée à ses frontières de ; la Belgique est unie aux Pays-Bas ; l'Autriche domine l'Italie du Nord ; une Confédération germanique de États remplace le Saint-Empire ; la Pologne reste partagée entre Russie, Prusse et Autriche. Les peuples ne sont pas consultés.
1.2 Une paix durable par une nouvelle diplomatie
Pour garantir cet ordre, la Sainte-Alliance (Russie, Autriche, Prusse, septembre ) unit les souverains au nom de la religion chrétienne, et le concert européen réunit régulièrement les puissances en congrès (Aix-la-Chapelle , Troppau , Vérone ) pour régler les crises et réprimer les révolutions, comme en Espagne en par l'armée française. C'est un renouvellement des règles de la diplomatie : la paix collective plutôt que la guerre de conquête. L'Europe connaît quarante ans sans guerre générale, mais au prix de la police, de la censure (décrets de Carlsbad, , dans la Confédération germanique) et du refus des aspirations nationales.
1.3 La Charte de 1814 : une monarchie constitutionnelle
En France, Louis XVIII ne peut restaurer l'absolutisme : il octroie le juin une Charte qui garde l'essentiel de et de l'Empire (égalité civile, Code civil, libertés, biens nationaux) tout en affirmant que le pouvoir vient du roi « par la grâce de Dieu ». Le roi détient l'exécutif et l'initiative des lois ; deux Chambres (pairs nommés, députés élus) votent la loi et l'impôt ; le suffrage censitaire ( francs d'impôt, ans) réserve le vote à environ propriétaires. Le drapeau blanc et le catholicisme « religion de l'État » marquent le retour de l'Ancien Régime. Les ultras veulent aller plus loin ; Charles X (), sacré à Reims, s'appuie sur eux.
2. La contestation de l'ordre de Vienne : libéraux et nationalités
2.1 Le mouvement des nationalités
Le principe des nationalités affirme que chaque peuple, uni par une langue, une histoire, une culture, a le droit de former un État. Hérité de la Révolution (souveraineté de la nation) et du romantisme (poètes, historiens qui exaltent les langues et les passés nationaux), il contredit la carte de Vienne qui a réuni ou divisé les peuples selon l'intérêt des dynasties : Belges sous les Pays-Bas, Polonais partagés, Italiens sous l'Autriche, Allemands en États, Grecs, Serbes, Hongrois dans les empires ottoman et autrichien.
2.2 La circulation des hommes et des idées
Les idées libérales et nationales circulent par des écrits (journaux, brochures, poèmes : Lamartine, Hugo, Heine, Mickiewicz), des discours (fête de Hambach, , participants), des associations souvent secrètes face à la police : les carbonari en Italie et en France, les Burschenschaften étudiantes en Allemagne, la Jeune-Italie fondée en par Giuseppe Mazzini, puis la Jeune-Europe () qui veut faire se libérer ensemble les nations « sœurs ». Les exilés politiques (Polonais de la Grande Émigration à Paris, Mazzini à Londres) font de Paris et Londres des capitales de l'Europe libérale. La révolte des Grecs contre l'Empire ottoman () enflamme l'opinion : le massacre de Chios (), où les Ottomans tuent ou réduisent en esclavage des dizaines de milliers d'insulaires, est peint par Delacroix () ; le philhellénisme (Byron meurt à Missolonghi en ) pousse les puissances à intervenir (Navarin, ) : la Grèce devient indépendante en , première brèche dans l'ordre de Vienne.
3. Les Trois Glorieuses et la seconde monarchie constitutionnelle (1830)
3.1 La révolution de juillet 1830
Battu aux élections, Charles X signe le juillet quatre ordonnances qui suspendent la liberté de la presse, dissolvent la Chambre et restreignent le suffrage. Les journalistes (Thiers) protestent, les ouvriers et étudiants de Paris dressent des barricades : les 27, 28 et 29 juillet (les Trois Glorieuses), l'insurrection chasse le roi, qui s'exile. Les députés libéraux écartent la République en appelant Louis-Philippe d'Orléans, proclamé « roi des Français » le août : la victoire populaire est confisquée par la bourgeoisie.
3.2 La Charte révisée de 1830
La Charte révisée ( août ) n'est plus octroyée mais votée par la Chambre et acceptée par le roi : la souveraineté glisse vers la nation. Le roi perd le droit de légiférer par ordonnance, partage l'initiative des lois, la presse est libre, le catholicisme n'est plus que « religion de la majorité », le drapeau tricolore revient ; le cens est abaissé à francs et ans : puis électeurs, une petite minorité. La monarchie de Juillet est un régime libéral mais bourgeois, qui refuse d'élargir le suffrage (« Enrichissez-vous », Guizot) et réprime les insurrections républicaines et ouvrières (Lyon et , Paris ).
3.3 L'onde de choc de 1830 en Europe
La révolution parisienne se propage : la Belgique se soulève contre le roi des Pays-Bas et obtient son indépendance (reconnue en , monarchie constitutionnelle libérale) ; la Pologne s'insurge contre le tsar (novembre ) mais est écrasée en ; en Italie (Modène, Bologne) et en Allemagne, les révoltes libérales sont réprimées par l'Autriche et la Diète. L'ordre de Vienne est ébranlé mais tient.
4. 1848 : le printemps des peuples
4.1 De Paris à l'Europe
Crise économique (-), refus de la réforme électorale, campagne des banquets : la révolution de février 1848 renverse Louis-Philippe et proclame la République avec le suffrage universel masculin. En quelques semaines, l'Europe s'embrase : Vienne (mars, chute de Metternich), Berlin, Milan (Cinq journées), Venise, Budapest (Kossuth), Prague. Les revendications sont à la fois libérales (constitutions, libertés, suffrage) et nationales : un Parlement de Francfort est élu pour unifier l'Allemagne, le Piémont fait la guerre à l'Autriche pour l'Italie, la Hongrie proclame son indépendance.
4.2 Le reflux (1848-1849)
Dès juin , la répression des ouvriers parisiens annonce le reflux ; les armées autrichienne (Radetzky en Italie) et russe (en Hongrie, ) écrasent les insurrections ; le roi de Prusse refuse la couronne offerte par Francfort () ; la République romaine est abattue par l'armée française. Les nationalités de l'Empire autrichien (Allemands, Hongrois, Tchèques, Croates) se sont opposées entre elles. Presque partout, l'ordre est rétabli. Pourtant a fait la preuve de la force des idées nationales et libérales : le servage est aboli en Autriche, le Piémont garde sa constitution, et l'unité italienne comme l'unité allemande seront réalisées vingt ans plus tard, par les États et la guerre plutôt que par les peuples.
5. Exemple résolu : analyser un document
Document. Metternich, Confession de foi, lettre au tsar Alexandre Ier, décembre : « Les gouvernements doivent […] réprimer les sociétés secrètes, ce fléau de l'Europe, […] ne jamais laisser prendre racine au principe de la souveraineté du peuple. […] L'union entre les monarques est la base de la politique à suivre pour sauver la société d'une ruine totale. »
Consigne. Montrer que ce texte exprime le programme de l'ordre de Vienne et expliquer pourquoi cet ordre est fragile.
Résolution.
- Présenter : lettre du chancelier d'Autriche Metternich, maître d'œuvre du congrès de Vienne, au tsar, en , au moment des révolutions libérales d'Espagne et de Naples et du congrès de Troppau.
- Le programme : refus de la « souveraineté du peuple » (donc des principes de ), répression des sociétés secrètes (carbonari, étudiants) et solidarité des monarques (Sainte-Alliance, concert européen, intervention en Espagne en ) : c'est la légitimité et le maintien de l'ordre par la force.
- La fragilité : Metternich lui-même reconnaît la diffusion des idées ; la Grèce (-), les révolutions de (France, Belgique) puis de , qui le chassent de Vienne, montrent que ni la police ni la diplomatie n'arrêtent le mouvement des nationalités et le libéralisme.
🎯 Rédiger. Distinguer libéralisme (constitution, libertés, suffrage) et nationalités (un peuple, un État) tout en montrant leur alliance ; dater les révolutions (, , ) et leur issue ; comparer les deux Chartes point par point.
📌 À retenir
- Congrès de Vienne () : Metternich, Talleyrand ; légitimité et équilibre ; carte redessinée sans les peuples ; Sainte-Alliance et concert européen pour une paix durable et contre les révolutions.
- Charte de 1814 octroyée par Louis XVIII : monarchie constitutionnelle censitaire ( électeurs) qui conserve l'égalité civile ; Charte révisée de 1830 votée, roi des Français, cens abaissé ( électeurs).
- Mouvement des nationalités et libéralisme diffusés par écrits, discours, sociétés secrètes (carbonari, Jeune-Italie de Mazzini, ), exilés ; Grèce indépendante en après Chios ().
- Trois Glorieuses (- juillet ) contre les ordonnances de Charles X ; Louis-Philippe ; onde de choc : Belgique indépendante, Pologne écrasée.
- 1848 : République en France, printemps des peuples (Vienne, Berlin, Milan, Budapest), Parlement de Francfort ; reflux et répression en , mais le principe des nationalités s'impose durablement.
Révise ce chapitre avec KlarIA
Tuteur qui t'explique pas à pas, quiz pour t'entraîner, flashcards pour mémoriser. Gratuit.
Créer mon compte gratuitement→