KlarIA
🌍 HGGSP (spécialité)1ereCours

Formes indirectes de la puissance ; la puissance des États-Unis aujourd'hui

📖

Cours

Formes indirectes de la puissance ; la puissance des États-Unis aujourd'hui

La puissance ne se réduit pas aux armées et aux frontières. Une langue parlée sur tous les continents, une plateforme numérique utilisée par trois milliards de personnes, un port ou une voie ferrée construits à l'autre bout du monde : autant de leviers indirects par lesquels un État influence les autres sans les contraindre ouvertement. Ce chapitre étudie trois de ces formes : l'enjeu de la langue (anglais, français, chinois), les nouvelles technologies (géants du numérique face aux États) et la maîtrise des voies de communication (nouvelles routes de la Soie chinoises). Il se conclut par l'étude de la première puissance mondiale, les États-Unis : lieux et formes de leur puissance, débat entre unilatéralisme et multilatéralisme, points d'appui et zones d'influence dans un monde devenu multipolaire.

1. L'enjeu de la langue

1.1 La langue, instrument de puissance

Une langue diffusée à l'étranger est un outil de soft power : elle donne accès à une culture, à des marchés, à des réseaux ; elle façonne la manière de penser et de négocier ; elle attire étudiants, entreprises et élites. L'histoire des langues internationales suit celle des puissances : latin de l'Église, français des cours et de la diplomatie (XVII^e-XIX^e siècles), anglais depuis l'empire britannique et l'hégémonie américaine.

1.2 L'anglais, langue de la mondialisation

L'anglais compte 400400 millions de locuteurs natifs mais près de 1,51{,}5 milliard de locuteurs : langue des affaires, de la science (90%90\,\% des publications), d'Internet, de l'aviation, de la culture de masse (cinéma, musique, séries, jeux vidéo). Sa domination tient à l'héritage colonial britannique (Inde, Afrique, Australie) puis à la puissance économique, technologique et culturelle des États-Unis. Elle donne un avantage aux anglophones dans les négociations, les publications et les organisations internationales, et pose la question de la diversité linguistique (l'anglais reste langue de travail de l'Union européenne après le Brexit).

1.3 Le français et la francophonie

Le français est parlé par environ 320320 millions de personnes sur les cinq continents ; il est langue officielle dans 2929 États, langue de travail de l'ONU, de l'Union européenne, des Jeux olympiques. Sa vitalité vient surtout de l'Afrique, qui regroupera 70%70\,\% des francophones en 20502050 grâce à la croissance démographique et à la scolarisation. L'Organisation internationale de la Francophonie (OIF, 19701970, 8888 États et gouvernements membres ou observateurs) organise cette communauté : sommets, promotion de la langue, coopération, mais aussi diplomatie (positions communes à l'ONU) ; elle inclut des pays non francophones (Arménie, Roumanie) attirés par le réseau. La France y ajoute ses instituts français, ses lycées à l'étranger (580580 établissements) et ses médias (RFI, TV5 Monde, France 24). Limites : concurrence de l'anglais dans les élites africaines, rejet de la France dans le Sahel, moyens réduits.

1.4 La Chine et les instituts Confucius

Depuis 20042004, la Chine a ouvert environ 500500 instituts Confucius dans le monde, installés dans des universités partenaires, pour enseigner le chinois et diffuser une image positive du pays : instrument de soft power inspiré des Alliances françaises et du Goethe-Institut, mais piloté par l'État. Ils suscitent la méfiance (censure des sujets sensibles : Tibet, Taïwan, Tiananmen ; surveillance des étudiants chinois) et plusieurs pays occidentaux en ont fermé (États-Unis, Suède, Canada) depuis 20192019 : le soft power d'un régime autoritaire se heurte à ses propres limites.

2. Les nouvelles technologies : puissance des géants du numérique, impuissance des États ?

2.1 Les géants du numérique, nouveaux acteurs de puissance

Les GAFAM (Google, Apple, Facebook/Meta, Amazon, Microsoft), rejoints par Nvidia, et leurs homologues chinois BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi) plus ByteDance (TikTok) et Huawei, sont des acteurs de puissance à part entière :

  • économique : capitalisations boursières supérieures au PIB de la plupart des États (Apple et Microsoft dépassent 30003\,000 milliards de dollars) ; trésoreries colossales ; monopoles de fait (Google : 90%90\,\% des recherches) ;
  • territoriale : câbles sous-marins, centres de données, satellites (Starlink de SpaceX, décisif en Ukraine) ;
  • informationnelle : contrôle des flux d'information, des données personnelles, des algorithmes qui façonnent l'opinion ; capacité de couper un dirigeant de son audience (Trump exclu de Twitter en 20212021) ;
  • quasi diplomatique : le Danemark a nommé en 20172017 un ambassadeur auprès des GAFAM ; Meta crée sa monnaie (projet Libra, abandonné) ; Microsoft négocie avec les États sur la cybersécurité.

2.2 Les États impuissants ?

Les États peinent à réguler : optimisation fiscale (sièges en Irlande ou au Luxembourg), extraterritorialité, rapidité de l'innovation, dépendance des administrations à leurs services. Les organisations internationales n'ont pas de compétence claire.

Mais ils réagissent :

ActeurMoyens
Union européenneRGPD (20182018) sur les données, amendes record contre Google (88 milliards d'euros), Digital Markets Act et Digital Services Act (20222022-20242024) contre les abus de position dominante et les contenus illicites, taxe numérique ; mais aucun géant européen
États-Unisprocès antitrust contre Google et Meta, mais protection de « leurs » champions dans la rivalité avec la Chine ; interdiction de Huawei, contrôle des exportations de puces (20222022) ; loi visant TikTok (20242024)
Chinecontrôle étroit : Grande Muraille numérique qui bloque les GAFAM, mise au pas d'Alibaba et de Jack Ma (20202020), obligation de partager les données avec l'État ; les BATX sont des instruments de la puissance chinoise
autresInde bannit TikTok (20202020) ; Russie tente d'isoler son Internet

La question « impuissance des États ? » appelle donc une réponse nuancée : les États restent souverains quand ils le veulent (Chine), ou quand ils s'unissent (UE), mais la rivalité sino-américaine transforme la technologie en champ de bataille où les firmes sont autant des instruments que des rivales des États. Les organisations internationales, elles, restent largement absentes.

3. La maîtrise des voies de communication : les « nouvelles routes de la Soie »

3.1 Un projet chinois global

Lancées par Xi Jinping en 20132013, les nouvelles routes de la Soie (Belt and Road Initiative) sont un programme d'investissements dans les infrastructures de transport et d'énergie reliant la Chine à l'Europe, à l'Afrique et à l'Asie : une « ceinture » terrestre (voies ferrées Chine-Europe via l'Asie centrale et la Russie, corridor Chine-Pakistan jusqu'au port de Gwadar) et une « route » maritime (ports de Colombo, Djibouti, Le Pirée, Gwadar, Mombasa), complétées par des routes numériques (câbles, 5G Huawei) et polaires. Plus de 150150 pays y ont adhéré ; les investissements dépassent 10001\,000 milliards de dollars.

3.2 Les objectifs

  • Économiques : écouler les surcapacités chinoises (acier, ciment, BTP), sécuriser les approvisionnements en matières premières et en énergie, ouvrir des marchés, internationaliser le yuan ;
  • stratégiques : réduire la dépendance au détroit de Malacca (par où passe 80%80\,\% du pétrole importé, sous surveillance américaine) par des corridors terrestres et des ports amis ; installer une présence (première base militaire chinoise à Djibouti en 20172017) ;
  • d'influence : faire de la Chine le centre d'un réseau de dépendances, gagner des soutiens diplomatiques (votes à l'ONU, reconnaissance de Taïwan retirée), proposer un modèle de développement sans conditions politiques.

3.3 Limites et critiques

Le « piège de la dette » : le Sri Lanka, incapable de rembourser, a cédé le port de Hambantota à la Chine pour 9999 ans (20172017) ; le Monténégro, la Zambie, le Pakistan sont lourdement endettés. Projets surdimensionnés, corruption, main-d'œuvre chinoise, dégâts environnementaux, méfiance croissante (Italie, seul pays du G7 adhérent, s'est retirée en 20232023). Les rivaux répondent : « Global Gateway » européen (20212021), initiatives américaines et japonaises, corridor Inde-Moyen-Orient-Europe (20232023). La maîtrise des voies de communication apparaît comme un enjeu de puissance majeur du XXI^e siècle, comme le contrôle des mers l'était pour l'empire britannique.

4. La puissance des États-Unis aujourd'hui

4.1 Les lieux et les formes de la puissance

Les États-Unis sont la seule puissance présente au premier rang dans tous les champs. Leur puissance s'incarne dans des lieux emblématiques :

LieuForme de puissance
siège de l'ONU (New York)diplomatique : le centre du multilatéralisme est sur le sol américain ; veto au Conseil de sécurité ; Washington accueille le FMI et la Banque mondiale
Pentagone et basesmilitaire : 900900 milliards de dollars, 750750 bases dans 8080 pays, onze porte-avions, commandements régionaux couvrant la planète, OTAN
Wall Street (New York)financière : première bourse mondiale, dollar utilisé dans 88%88\,\% des transactions de change, sanctions extraterritoriales
Silicon Valleytechnologique : GAFAM, capital-risque, innovation
Hollywood (Los Angeles)culturelle : cinéma et séries diffusés partout, American way of life, streaming (Netflix, Disney)
MIT, Harvard, Stanfordscientifique et universitaire : 88 des 1010 premières universités mondiales, prix Nobel, attraction des cerveaux
Houston, Texasénergétique : premier producteur mondial de pétrole et de gaz depuis la révolution du schiste

4.2 Unilatéralisme et multilatéralisme : un débat international

Les États-Unis ont fondé l'ordre multilatéral de l'après-guerre (ONU, FMI, OTAN, GATT puis OMC) et s'en sont servis pour asseoir leur leadership. Mais ils oscillent entre :

  • le multilatéralisme : agir avec les alliés et dans le cadre des institutions (guerre du Golfe en 19911991 sous mandat de l'ONU, accords de Paris sur le climat en 20152015, retour de Biden dans les institutions en 20212021, coalition de soutien à l'Ukraine) ;
  • l'unilatéralisme : agir seuls, hors des règles communes, quand elles gênent (refus du protocole de Kyoto et de la Cour pénale internationale, invasion de l'Irak en 20032003 sans l'ONU, retraits de Trump de l'accord de Paris, de l'accord nucléaire iranien et de l'OMS en 20172017-20202020, droits de douane, « America First »).

Ce débat traverse la société américaine (isolationnisme contre interventionnisme) et le monde : les alliés dénoncent l'unilatéralisme mais dépendent de la protection américaine ; les rivaux (Chine, Russie) se posent en défenseurs du multilatéralisme tout en le contournant.

4.3 Points d'appui et zones d'influence dans un monde multipolaire

Les États-Unis s'appuient sur des alliances (OTAN en Europe, traités bilatéraux avec le Japon, la Corée du Sud, l'Australie, AUKUS avec le Royaume-Uni et l'Australie en 20212021, Quad avec l'Inde et le Japon), sur leurs bases (Allemagne, Japon, Corée, Golfe, Djibouti, Guam) et sur des zones d'influence historiques (Amérique latine, Europe occidentale, Moyen-Orient avec Israël et les monarchies du Golfe). Mais le monde est devenu multipolaire : la Chine conteste l'ordre américain en Asie-Pacifique (mer de Chine, Taïwan), la Russie en Europe orientale, des puissances régionales (Inde, Brésil, Turquie, Arabie saoudite) refusent de choisir ; les BRICS élargis se posent en alternative ; le « Sud global » n'a pas suivi les sanctions contre la Russie. Les États-Unis restent la première puissance (économie, armée, technologie, dollar, universités), mais une puissance contestée et relative, tentée par le repli et concentrée sur la rivalité avec la Chine (« pivot vers l'Asie » depuis 20112011).

5. Exemple résolu pas à pas

Énoncé. Document : « Le port de Hambantota, construit par des entreprises chinoises pour 1,31{,}3 milliard de dollars empruntés à la Chine, n'a jamais été rentable. En 20172017, le Sri Lanka, incapable de rembourser, l'a cédé pour 9999 ans à une société d'État chinoise. Situé sur la route maritime la plus fréquentée entre l'Asie et l'Europe, à quelques centaines de kilomètres de l'Inde, il inquiète New Delhi et Washington. » a) Présenter le document et le projet dans lequel il s'inscrit. b) Quelle forme de puissance la Chine exerce-t-elle ici ? c) Pourquoi parle-t-on de « piège de la dette » ? d) Pourquoi l'Inde et les États-Unis s'inquiètent-ils ?

Résolution.

a) Récit factuel sur un port sri-lankais financé dans le cadre des nouvelles routes de la Soie, lancées par Xi Jinping en 20132013 pour relier la Chine à l'Europe et à l'Afrique par des infrastructures.

b) Une puissance indirecte : par le financement et la construction d'infrastructures (voie de communication), la Chine obtient le contrôle d'un point stratégique sans conquête ni contrainte militaire.

c) Le prêt finance un projet non rentable ; l'emprunteur, incapable de rembourser, cède un actif stratégique ; la dette devient un instrument de prise de contrôle et de dépendance politique.

d) L'Inde voit la Chine s'installer à ses portes, sur une route maritime vitale (« collier de perles » de ports chinois autour de l'océan Indien) ; les États-Unis y voient un défi à leur maîtrise des mers et une possible future base ; les routes de la Soie deviennent un enjeu de la rivalité entre grandes puissances.


🎯 Rédiger. Pour une forme indirecte de puissance : l'instrument (langue, plateforme, infrastructure), l'acteur (État ou firme), l'objectif (attraction, dépendance, contrôle) et les limites (rejet, dette, régulation). Pour les États-Unis : un lieu par forme de puissance, puis unilatéralisme contre multilatéralisme avec des exemples datés, puis alliances et contestations.


📌 À retenir

  1. Langue : l'anglais, langue de la mondialisation (1,51{,}5 milliard de locuteurs) ; le français (320320 millions, avenir africain) porté par l'OIF (8888 membres) et les réseaux culturels ; le chinois par 500500 instituts Confucius, contestés.
  2. Numérique : GAFAM et BATX, acteurs de puissance économique, territoriale, informationnelle ; États pas impuissants quand ils régulent (UE : RGPD, DMA, DSA), contrôlent (Chine) ou protègent leurs champions (États-Unis) ; organisations internationales absentes.
  3. Voies de communication : nouvelles routes de la Soie (20132013, 150150 pays, 10001\,000 milliards) : objectifs économiques, stratégiques (Malacca, Djibouti) et d'influence ; limites : piège de la dette (Hambantota 20172017), méfiance, contre-projets.
  4. États-Unis : lieux de la puissance (ONU, Pentagone, Wall Street, Silicon Valley, Hollywood, MIT) ; unilatéralisme (Irak 20032003, Trump) contre multilatéralisme (ONU 19911991, Paris 20152015) ; alliances (OTAN, AUKUS, Quad) et zones d'influence dans un monde multipolaire contesté par la Chine et la Russie.

Révise ce chapitre avec KlarIA

Tuteur qui t'explique pas à pas, quiz pour t'entraîner, flashcards pour mémoriser. Gratuit.

Créer mon compte gratuitement