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La France et la construction de nouveaux États par la guerre et la diplomatie

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La France et la construction de nouveaux États par la guerre et la diplomatie

Entre 18591859 et 18711871, la carte de l'Europe change : deux nouveaux États-nations, l'Italie et l'Allemagne, naissent là où Vienne avait maintenu la division. Le principe des nationalités, porté par les peuples en 18481848, est réalisé cette fois par en haut : des monarchies (le Piémont-Sardaigne, la Prusse) s'appuient sur le mouvement national, la guerre et la diplomatie. La France de Napoléon III joue un rôle décisif et paradoxal : elle aide l'unité italienne et en tire Nice et la Savoie, puis elle est vaincue par la Prusse en 18701870, ce qui provoque la chute du Second Empire et permet la proclamation de l'Empire allemand à Versailles.

1. Napoléon III et le principe des nationalités

Héritier de Napoléon Ier et ancien carbonaro dans sa jeunesse italienne, Napoléon III se veut le défenseur des nationalités : il pense qu'une Europe de nations satisfaites, reconnaissantes à la France, remplacerait avantageusement l'ordre de Vienne de 18151815, qu'il veut effacer. Sa politique de grandeur cherche à replacer la France au centre de la diplomatie européenne, comme au congrès de Paris (18561856) qui clôt la guerre de Crimée contre la Russie. Mais soutenir les nationalités, c'est aussi bouleverser l'équilibre : l'Italie unie et surtout l'Allemagne unie se retourneront contre les intérêts français.

2. La France et l'unité italienne (1859-1870)

2.1 L'Italie avant 1859

L'Italie est « une expression géographique » (Metternich) : sept États, dont la Lombardie-Vénétie autrichienne, les États du pape, le royaume des Deux-Siciles et le royaume de Piémont-Sardaigne, seul État constitutionnel depuis 18481848. Son Premier ministre, le comte de Cavour (18521852-18611861), modernise le Piémont (chemins de fer, libre-échange) et comprend que l'unité ne se fera pas sans l'aide d'une grande puissance contre l'Autriche. Le mouvement national (Risorgimento) réunit modérés (Cavour) et républicains (Mazzini, Garibaldi).

2.2 L'entrevue de Plombières et la guerre de 1859

En juillet 18581858, à Plombières, Napoléon III et Cavour concluent un accord secret : la France aidera le Piémont à chasser l'Autriche de l'Italie du Nord en échange de Nice et de la Savoie. En 18591859, l'Autriche, provoquée, déclare la guerre ; l'armée française franchit les Alpes et remporte les batailles de Magenta (44 juin) et de Solférino (2424 juin, 4000040\,000 morts et blessés : le Suisse Henry Dunant y conçoit la Croix-Rouge, 18631863). Mais Napoléon III, effrayé par le coût humain, la menace prussienne et l'hostilité des catholiques français, signe l'armistice de Villafranca (1111 juillet 18591859) : la Lombardie passe au Piémont, la Vénétie reste autrichienne.

2.3 Le rattachement de Nice et de la Savoie (1860)

Malgré l'inachèvement, les duchés d'Italie centrale votent leur rattachement au Piémont (18601860). Cavour cède alors Nice et la Savoie : le traité de Turin (2424 mars 18601860) est ratifié par des plébiscites en avril : 130500130\,500 oui contre 235235 non en Savoie, 2570025\,700 oui contre 160160 non à Nice, votes massifs mais encadrés (présence de l'administration française, opposition de Garibaldi, natif de Nice). La France gagne 670000670\,000 habitants et deux nouveaux départements (Savoie, Haute-Savoie, Alpes-Maritimes) : c'est le premier usage du principe des nationalités par plébiscite pour modifier une frontière.

2.4 L'achèvement de l'unité

En 18601860, Garibaldi et ses Mille chemises rouges renversent le royaume des Deux-Siciles ; le Piémont annexe le Sud et les États pontificaux sauf Rome ; le royaume d'Italie est proclamé le 1717 mars 18611861 avec Victor-Emmanuel II. La Vénétie est gagnée en 18661866 (alliance avec la Prusse), et Rome en 18701870, quand la France, en guerre contre la Prusse, retire les troupes qui protégeaient le pape depuis 18491849. Napoléon III a aidé l'unité tout en la freinant (Rome), ce qui lui vaut l'ingratitude des Italiens et l'hostilité des catholiques.

3. La France et l'unité allemande (1864-1871)

3.1 La Prusse de Bismarck

La Confédération germanique de 18151815 (3939 États) est dominée par la rivalité entre l'Autriche et la Prusse, puissance montante grâce au Zollverein (union douanière, 18341834), à son industrie (Krupp, Ruhr) et à son armée. Nommé chancelier en 18621862, Otto von Bismarck annonce que les grandes questions seront tranchées « par le fer et par le sang » : il veut unifier l'Allemagne sous la Prusse en excluant l'Autriche, par la guerre et la diplomatie, en s'appuyant sur le sentiment national sans laisser le pouvoir aux libéraux de 18481848.

3.2 Trois guerres

  • 1864 contre le Danemark (duchés du Schleswig et du Holstein), avec l'Autriche ;
  • 1866 contre l'Autriche, vaincue en sept semaines à Sadowa (33 juillet) grâce au chemin de fer et au fusil à aiguille ; l'Autriche est exclue de l'Allemagne, la Prusse annexe des États du Nord et crée la Confédération de l'Allemagne du Nord (18671867) ; Napoléon III, qui espérait arbitrer et obtenir des « compensations » (Luxembourg, Belgique), n'obtient rien ;
  • 1870 contre la France.

3.3 La guerre de 1870 et la chute du Second Empire

Bismarck cherche la guerre avec la France pour rallier les États du Sud (Bavière, Wurtemberg) : la candidature d'un Hohenzollern au trône d'Espagne provoque la crise ; la dépêche d'Ems, télégramme falsifié par Bismarck (1313 juillet 18701870), humilie l'ambassadeur français. Pressée par l'opinion et le gouvernement Ollivier, la France déclare la guerre le 19 juillet 1870, seule, mal préparée (270000270\,000 hommes contre 500000500\,000). Défaites en Alsace et en Lorraine (Frœschwiller, Gravelotte), armée de Bazaine enfermée dans Metz ; à Sedan, le 22 septembre 18701870, Napoléon III capitule et est fait prisonnier. Le 4 septembre, Paris proclame la République ; le gouvernement de la Défense nationale (Gambetta) poursuit la guerre, Paris est assiégé de septembre à janvier ; l'armistice est signé le 2828 janvier 18711871.

3.4 1871 : Bismarck et la proclamation du Reich

Le 18 janvier 1871, dans la galerie des Glaces du château de Versailles, les princes allemands proclament le roi de Prusse Guillaume Ier « empereur allemand » : l'Empire allemand (Reich), État fédéral de 2525 États dominé par la Prusse, est né sur le sol français, sans les peuples, sous la direction de Bismarck (tableau d'Anton von Werner). Le traité de Francfort (1010 mai 18711871) impose à la France la perte de l'Alsace et d'une partie de la Lorraine (Moselle), 1,61{,}6 million d'habitants, une indemnité de 5 milliards de francs-or et une occupation jusqu'au paiement. L'annexion contre la volonté des habitants (protestation des députés alsaciens-lorrains) contredit le principe des nationalités et nourrit le désir de revanche ; le nouvel équilibre européen est dominé par l'Allemagne.

Les trois guerres de Bismarck
Deux conceptions de la nation

4. Exemple résolu : analyser un document

Document. Protestation des députés d'Alsace et de Lorraine à l'Assemblée nationale de Bordeaux, 1er1^{\text{er}} mars 18711871 : « L'Alsace et la Lorraine ne veulent pas être aliénées. […] L'Europe ne peut permettre ni ratifier l'abandon de l'Alsace et de la Lorraine. […] Nous déclarons nul et non avenu un pacte qui dispose de nous sans notre consentement. »

Consigne. Montrer en quoi ce texte s'appuie sur le principe des nationalités et ce qu'il révèle des conséquences de la guerre de 18701870.

Résolution.

  1. Présenter : déclaration lue par les députés des départements annexés lors du vote des préliminaires de paix (Bordeaux, mars 18711871), avant le traité de Francfort ; document politique de protestation.
  2. Le principe des nationalités retourné : les députés invoquent le consentement des habitants (« sans notre consentement »), c'est-à-dire le plébiscite qui avait servi pour Nice et la Savoie en 18601860 ; or Bismarck annexe au nom de la langue germanique et de la sécurité militaire, sans vote : deux conceptions de la nation s'opposent (choix contre langue).
  3. Les conséquences : perte de 1,61{,}6 million d'habitants et de régions industrielles, 55 milliards d'indemnité, occupation ; naissance d'un Empire allemand dominant ; désir de revanche qui pèsera jusqu'en 19141914.
  4. Portée : l'appel à l'Europe reste sans effet : le concert européen ne fonctionne plus ; la question d'Alsace-Lorraine empoisonne les relations franco-allemandes pendant quarante-huit ans.

🎯 Rédiger. Dater les étapes (Plombières 18581858, Solférino 18591859, Turin 18601860, Sadowa 18661866, Sedan 22 septembre 18701870, Versailles 1818 janvier 18711871, Francfort mai 18711871) ; distinguer guerre et diplomatie dans chaque unité ; montrer le rôle paradoxal de la France (aide puis victime).


📌 À retenir

  1. Napoléon III défend le principe des nationalités et veut effacer 18151815 : politique de grandeur (Crimée, congrès de Paris 18561856).
  2. Italie : Cavour et le Piémont ; Plombières (18581858) ; guerre de 18591859 (Magenta, Solférino), Villafranca ; traité de Turin et plébiscites : Nice et Savoie françaises (18601860) ; Garibaldi, royaume d'Italie (18611861), Rome (18701870).
  3. Allemagne : Prusse (Zollverein, industrie, armée), Bismarck (18621862) ; guerres de 18641864, 1866 (Sadowa, Confédération de l'Allemagne du Nord) et 1870.
  4. 1870-1871 : dépêche d'Ems, guerre du 1919 juillet, Sedan (22 septembre), République (44 septembre), siège de Paris ; 18 janvier 1871, Reich proclamé à Versailles ; traité de Francfort : Alsace-Moselle, 55 milliards ; revanche.

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