Cours
La France et la construction de nouveaux États par la guerre et la diplomatie
Entre et , la carte de l'Europe change : deux nouveaux États-nations, l'Italie et l'Allemagne, naissent là où Vienne avait maintenu la division. Le principe des nationalités, porté par les peuples en , est réalisé cette fois par en haut : des monarchies (le Piémont-Sardaigne, la Prusse) s'appuient sur le mouvement national, la guerre et la diplomatie. La France de Napoléon III joue un rôle décisif et paradoxal : elle aide l'unité italienne et en tire Nice et la Savoie, puis elle est vaincue par la Prusse en , ce qui provoque la chute du Second Empire et permet la proclamation de l'Empire allemand à Versailles.
1. Napoléon III et le principe des nationalités
Héritier de Napoléon Ier et ancien carbonaro dans sa jeunesse italienne, Napoléon III se veut le défenseur des nationalités : il pense qu'une Europe de nations satisfaites, reconnaissantes à la France, remplacerait avantageusement l'ordre de Vienne de , qu'il veut effacer. Sa politique de grandeur cherche à replacer la France au centre de la diplomatie européenne, comme au congrès de Paris () qui clôt la guerre de Crimée contre la Russie. Mais soutenir les nationalités, c'est aussi bouleverser l'équilibre : l'Italie unie et surtout l'Allemagne unie se retourneront contre les intérêts français.
2. La France et l'unité italienne (1859-1870)
2.1 L'Italie avant 1859
L'Italie est « une expression géographique » (Metternich) : sept États, dont la Lombardie-Vénétie autrichienne, les États du pape, le royaume des Deux-Siciles et le royaume de Piémont-Sardaigne, seul État constitutionnel depuis . Son Premier ministre, le comte de Cavour (-), modernise le Piémont (chemins de fer, libre-échange) et comprend que l'unité ne se fera pas sans l'aide d'une grande puissance contre l'Autriche. Le mouvement national (Risorgimento) réunit modérés (Cavour) et républicains (Mazzini, Garibaldi).
2.2 L'entrevue de Plombières et la guerre de 1859
En juillet , à Plombières, Napoléon III et Cavour concluent un accord secret : la France aidera le Piémont à chasser l'Autriche de l'Italie du Nord en échange de Nice et de la Savoie. En , l'Autriche, provoquée, déclare la guerre ; l'armée française franchit les Alpes et remporte les batailles de Magenta ( juin) et de Solférino ( juin, morts et blessés : le Suisse Henry Dunant y conçoit la Croix-Rouge, ). Mais Napoléon III, effrayé par le coût humain, la menace prussienne et l'hostilité des catholiques français, signe l'armistice de Villafranca ( juillet ) : la Lombardie passe au Piémont, la Vénétie reste autrichienne.
2.3 Le rattachement de Nice et de la Savoie (1860)
Malgré l'inachèvement, les duchés d'Italie centrale votent leur rattachement au Piémont (). Cavour cède alors Nice et la Savoie : le traité de Turin ( mars ) est ratifié par des plébiscites en avril : oui contre non en Savoie, oui contre non à Nice, votes massifs mais encadrés (présence de l'administration française, opposition de Garibaldi, natif de Nice). La France gagne habitants et deux nouveaux départements (Savoie, Haute-Savoie, Alpes-Maritimes) : c'est le premier usage du principe des nationalités par plébiscite pour modifier une frontière.
2.4 L'achèvement de l'unité
En , Garibaldi et ses Mille chemises rouges renversent le royaume des Deux-Siciles ; le Piémont annexe le Sud et les États pontificaux sauf Rome ; le royaume d'Italie est proclamé le mars avec Victor-Emmanuel II. La Vénétie est gagnée en (alliance avec la Prusse), et Rome en , quand la France, en guerre contre la Prusse, retire les troupes qui protégeaient le pape depuis . Napoléon III a aidé l'unité tout en la freinant (Rome), ce qui lui vaut l'ingratitude des Italiens et l'hostilité des catholiques.
3. La France et l'unité allemande (1864-1871)
3.1 La Prusse de Bismarck
La Confédération germanique de ( États) est dominée par la rivalité entre l'Autriche et la Prusse, puissance montante grâce au Zollverein (union douanière, ), à son industrie (Krupp, Ruhr) et à son armée. Nommé chancelier en , Otto von Bismarck annonce que les grandes questions seront tranchées « par le fer et par le sang » : il veut unifier l'Allemagne sous la Prusse en excluant l'Autriche, par la guerre et la diplomatie, en s'appuyant sur le sentiment national sans laisser le pouvoir aux libéraux de .
3.2 Trois guerres
- 1864 contre le Danemark (duchés du Schleswig et du Holstein), avec l'Autriche ;
- 1866 contre l'Autriche, vaincue en sept semaines à Sadowa ( juillet) grâce au chemin de fer et au fusil à aiguille ; l'Autriche est exclue de l'Allemagne, la Prusse annexe des États du Nord et crée la Confédération de l'Allemagne du Nord () ; Napoléon III, qui espérait arbitrer et obtenir des « compensations » (Luxembourg, Belgique), n'obtient rien ;
- 1870 contre la France.
3.3 La guerre de 1870 et la chute du Second Empire
Bismarck cherche la guerre avec la France pour rallier les États du Sud (Bavière, Wurtemberg) : la candidature d'un Hohenzollern au trône d'Espagne provoque la crise ; la dépêche d'Ems, télégramme falsifié par Bismarck ( juillet ), humilie l'ambassadeur français. Pressée par l'opinion et le gouvernement Ollivier, la France déclare la guerre le 19 juillet 1870, seule, mal préparée ( hommes contre ). Défaites en Alsace et en Lorraine (Frœschwiller, Gravelotte), armée de Bazaine enfermée dans Metz ; à Sedan, le septembre , Napoléon III capitule et est fait prisonnier. Le 4 septembre, Paris proclame la République ; le gouvernement de la Défense nationale (Gambetta) poursuit la guerre, Paris est assiégé de septembre à janvier ; l'armistice est signé le janvier .
3.4 1871 : Bismarck et la proclamation du Reich
Le 18 janvier 1871, dans la galerie des Glaces du château de Versailles, les princes allemands proclament le roi de Prusse Guillaume Ier « empereur allemand » : l'Empire allemand (Reich), État fédéral de États dominé par la Prusse, est né sur le sol français, sans les peuples, sous la direction de Bismarck (tableau d'Anton von Werner). Le traité de Francfort ( mai ) impose à la France la perte de l'Alsace et d'une partie de la Lorraine (Moselle), million d'habitants, une indemnité de 5 milliards de francs-or et une occupation jusqu'au paiement. L'annexion contre la volonté des habitants (protestation des députés alsaciens-lorrains) contredit le principe des nationalités et nourrit le désir de revanche ; le nouvel équilibre européen est dominé par l'Allemagne.
4. Exemple résolu : analyser un document
Document. Protestation des députés d'Alsace et de Lorraine à l'Assemblée nationale de Bordeaux, mars : « L'Alsace et la Lorraine ne veulent pas être aliénées. […] L'Europe ne peut permettre ni ratifier l'abandon de l'Alsace et de la Lorraine. […] Nous déclarons nul et non avenu un pacte qui dispose de nous sans notre consentement. »
Consigne. Montrer en quoi ce texte s'appuie sur le principe des nationalités et ce qu'il révèle des conséquences de la guerre de .
Résolution.
- Présenter : déclaration lue par les députés des départements annexés lors du vote des préliminaires de paix (Bordeaux, mars ), avant le traité de Francfort ; document politique de protestation.
- Le principe des nationalités retourné : les députés invoquent le consentement des habitants (« sans notre consentement »), c'est-à-dire le plébiscite qui avait servi pour Nice et la Savoie en ; or Bismarck annexe au nom de la langue germanique et de la sécurité militaire, sans vote : deux conceptions de la nation s'opposent (choix contre langue).
- Les conséquences : perte de million d'habitants et de régions industrielles, milliards d'indemnité, occupation ; naissance d'un Empire allemand dominant ; désir de revanche qui pèsera jusqu'en .
- Portée : l'appel à l'Europe reste sans effet : le concert européen ne fonctionne plus ; la question d'Alsace-Lorraine empoisonne les relations franco-allemandes pendant quarante-huit ans.
🎯 Rédiger. Dater les étapes (Plombières , Solférino , Turin , Sadowa , Sedan septembre , Versailles janvier , Francfort mai ) ; distinguer guerre et diplomatie dans chaque unité ; montrer le rôle paradoxal de la France (aide puis victime).
📌 À retenir
- Napoléon III défend le principe des nationalités et veut effacer : politique de grandeur (Crimée, congrès de Paris ).
- Italie : Cavour et le Piémont ; Plombières () ; guerre de (Magenta, Solférino), Villafranca ; traité de Turin et plébiscites : Nice et Savoie françaises () ; Garibaldi, royaume d'Italie (), Rome ().
- Allemagne : Prusse (Zollverein, industrie, armée), Bismarck () ; guerres de , 1866 (Sadowa, Confédération de l'Allemagne du Nord) et 1870.
- 1870-1871 : dépêche d'Ems, guerre du juillet, Sedan ( septembre), République ( septembre), siège de Paris ; 18 janvier 1871, Reich proclamé à Versailles ; traité de Francfort : Alsace-Moselle, milliards ; revanche.
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