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L'industrialisation et l'accélération des transformations économiques et sociales en France

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L'industrialisation et l'accélération des transformations économiques et sociales en France

Au milieu du XIXe siècle, la France entre dans l'industrialisation : machines à vapeur, usines, chemins de fer, banques transforment la production et les villes. Sous le Second Empire (18521852-18701870), le mouvement s'accélère, encouragé par l'État. Mais la France reste un pays de paysans : la modernisation est inégale, et elle fait naître une question sociale, celle de la condition ouvrière, qui devient un enjeu politique majeur. Ce chapitre étudie les transformations des modes de production, la place du monde rural et les réponses apportées aux ouvriers, à travers Paris haussmannien, les frères Pereire et le droit de grève de 18641864.

1. La transformation des modes de production

1.1 Machines, usines, salariat

L'industrialisation repose sur la mécanisation : la machine à vapeur (charbon) remplace l'énergie humaine, animale et hydraulique ; la France compte 50005\,000 machines à vapeur en 18481848, 2800028\,000 en 18701870. Les secteurs moteurs sont le textile (filatures et tissages du Nord, de l'Alsace, de Normandie), la sidérurgie (Le Creusot, Lorraine) et le charbon (Nord-Pas-de-Calais, Saint-Étienne : 44 millions de tonnes en 18471847, 1313 millions en 18691869). Le travail se concentre dans des usines (fabriques) et l'essor du salariat remplace peu à peu l'artisanat et le travail à domicile : l'ouvrier vend sa force de travail contre un salaire, soumis au règlement d'atelier, à l'horloge et au contremaître. Mais en 18701870, la majorité des « ouvriers » travaillent encore dans de petits ateliers ou à domicile.

1.2 La révolution des transports

Le chemin de fer est le cœur de la croissance : 30003\,000 km de voies en 18521852, 1700017\,000 km en 18701870, organisées en étoile autour de Paris par six grandes compagnies (loi de 18421842, conventions de 18591859). Il abaisse le coût des transports, unifie le marché national, stimule la sidérurgie et le charbon, fait naître des villes-gares. Le télégraphe électrique (18451845) et la navigation à vapeur complètent le réseau ; le canal de Suez (18691869) ouvre la route de l'Asie.

1.3 La modernisation encouragée par le Second Empire

Napoléon III, influencé par les idées saint-simoniennes (le progrès par l'industrie et la banque), fait de l'État un acteur de la modernisation : garanties d'intérêt aux compagnies de chemin de fer, grands travaux (Paris, ports, Landes), traité de libre-échange avec le Royaume-Uni (18601860) qui force l'industrie à se moderniser, Expositions universelles de 18551855 et 18671867. Les frères Pereire, Émile et Isaac, saint-simoniens, fondent en 18521852 le Crédit mobilier, banque qui collecte l'épargne du public pour financer chemins de fer (Midi, Est), compagnies de navigation (Messageries maritimes, Transatlantique), immobilier parisien, éclairage au gaz ; leur empire s'effondre en 18671867 face à leurs rivaux Rothschild, mais ils ont montré le rôle nouveau de la banque dans l'industrialisation. Les grands magasins (Bon Marché, 18521852) et la publicité annoncent la société de consommation.

Chemin de fer et charbon

2. Un pays qui reste rural

2.1 L'importance du monde rural

En 18701870, près de 70%70\,\% des Français vivent à la campagne et l'agriculture emploie encore la moitié des actifs. L'industrialisation française est plus lente et plus diffuse qu'en Angleterre : petites exploitations (le Code civil partage les héritages), industries rurales (textile à domicile, forges), main-d'œuvre saisonnière. Les campagnes se modernisent pourtant : engrais, drainage, machines, spécialisation (vigne, élevage), désenclavement par le rail ; la production agricole augmente de moitié entre 18401840 et 18701870.

2.2 Les débuts de l'exode rural

À partir des années 18501850, la population rurale cesse de croître puis diminue : c'est le début de l'exode rural. Les jeunes, les journaliers et les artisans ruraux, privés de travail par la mécanisation et la concurrence des produits industriels, partent vers les villes et les usines. Paris passe de 11 million d'habitants en 18461846 à 22 millions en 18701870 ; Lyon, Marseille, Lille, Saint-Étienne grossissent. Les migrations sont souvent temporaires (maçons de la Creuse) avant de devenir définitives.

Villes et ruraux

3. Paris haussmannien : la transformation d'une ville

Sous le Second Empire, le préfet de la Seine Georges Haussmann (18531853-18701870) transforme Paris pour Napoléon III : percement de grands boulevards rectilignes (Sébastopol, Saint-Michel, Haussmann), gares reliées, égouts (600600 km) et adduction d'eau, parcs (Buttes-Chaumont, bois de Boulogne et de Vincennes), immeubles à façade uniforme, annexion des communes voisines (18601860 : 2020 arrondissements). Objectifs : hygiène (choléra de 18321832 et 18491849), circulation et commerce, prestige impérial, mais aussi ordre public (larges avenues difficiles à barricader). Coût : 2,52{,}5 milliards de francs, financés par l'emprunt. Conséquences sociales : les classes populaires chassées du centre (loyers) vers les quartiers de l'est et les faubourgs : la ségrégation socio-spatiale s'accentue (beaux quartiers de l'ouest, ouvriers à Belleville, Ménilmontant).

4. La question sociale

4.1 La condition ouvrière

Les ouvriers d'usine subissent des journées de 1212 à 1414 heures, des salaires faibles (femmes payées moitié moins, enfants au travail malgré la loi de 18411841 limitant à 88 ans l'âge d'embauche), l'insalubrité des logements, l'insécurité (accidents, chômage, maladie sans protection), le livret ouvrier qui les contrôle. Les enquêtes (Villermé, 18401840) révèlent la misère des faubourgs de Lille ou Mulhouse. Cette question sociale, c'est-à-dire la place des ouvriers dans la société industrielle, devient un enjeu politique : elle a nourri les journées de juin 18481848 et inquiète les élites.

4.2 Les réponses

  • Le paternalisme patronal : cités ouvrières (Mulhouse, Le Creusot des Schneider), caisses de secours, écoles d'usine, en échange de la docilité.
  • Les mutuelles et sociétés de secours, tolérées puis encouragées par l'Empire.
  • Le mouvement ouvrier : malgré l'interdiction des coalitions (loi Le Chapelier de 17911791, Code pénal), grèves des canuts lyonnais (18311831, 18341834), sociétés secrètes ; en 18641864, le manifeste des Soixante réclame des candidats ouvriers et l'Association internationale des travailleurs est fondée à Londres. Les idées socialistes (Proudhon, Blanc, puis Marx) se diffusent.

4.3 25 mai 1864 : le droit de grève

Napoléon III, qui veut détacher les ouvriers des républicains, fait voter la loi du 25 mai 1864 (loi Ollivier) qui abroge le délit de coalition : la grève cesse d'être un crime, à condition d'être pacifique et sans atteinte à la liberté du travail. Les grèves se multiplient (Le Creusot 18701870). En 18681868, les chambres syndicales sont tolérées. C'est une réponse à l'une des attentes du mouvement ouvrier, mais le syndicat ne sera légalisé qu'en 18841884.

La question sociale

5. Exemple résolu : analyser un document

Document. Émile Zola, Au Bonheur des Dames, 18831883 (roman situé sous le Second Empire) : « C'était la cathédrale du commerce moderne, solide et légère, faite pour un peuple de clientes. […] Les rayons regorgeaient, la marchandise débordait […] ; et les femmes, prises à cette flatterie de leur désir, s'oubliaient là. » Et Denise, vendeuse : « Elle gagnait à peine de quoi vivre, debout douze heures par jour. »

Consigne. Montrer que ce texte témoigne des transformations économiques et sociales du Second Empire.

Résolution.

  1. Présenter : roman naturaliste de Zola publié en 18831883 mais documenté sur le Bon Marché de Boucicaut, fondé en 18521852 ; source littéraire, à confronter aux faits.
  2. Transformations économiques : le grand magasin (« cathédrale du commerce »), architecture de fer et de verre, abondance de la marchandise produite en usine, prix fixes, séduction de la clientèle : naissance de la consommation de masse, liée au chemin de fer et à la production industrielle.
  3. Transformations sociales : une clientèle bourgeoise féminine des beaux quartiers haussmanniens ; derrière, des employées surexploitées (douze heures debout, salaire de survie) : la question sociale s'étend aux employés du commerce.
  4. Limites : fiction écrite après l'Empire ; vision parisienne, qui ne dit rien du monde rural majoritaire.

🎯 Rédiger. Chiffrer les transformations (km de rail, machines, population de Paris) ; distinguer modes de production (usine, salariat), monde rural (majoritaire, exode qui commence) et question sociale (condition ouvrière, réponses) ; citer les trois points de passage : Haussmann, Pereire, 2525 mai 18641864.


📌 À retenir

  1. Modes de production : machine à vapeur (5000280005\,000 \to 28\,000), usines et salariat, textile, sidérurgie, charbon ; chemin de fer (3000170003\,000 \to 17\,000 km) en étoile ; État saint-simonien de Napoléon III, libre-échange (18601860), frères Pereire et Crédit mobilier (18521852).
  2. Monde rural majoritaire (70%70\,\%), petites exploitations, modernisation lente ; exode rural amorcé dans les années 18501850 (Paris 121 \to 2 millions).
  3. Paris haussmannien (18531853-18701870) : boulevards, égouts, parcs, 2020 arrondissements ; hygiène, circulation, ordre ; ségrégation est / ouest.
  4. Question sociale : condition ouvrière (journées de 1212 à 1414 h, livret, enfants), paternalisme, mutuelles, mouvement ouvrier (canuts, manifeste des Soixante, AIT 18641864) ; 25 mai 1864, droit de grève.

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