Cours
Comment un marché concurrentiel fonctionne-t-il ?
Pourquoi le prix des fraises baisse-t-il en juin ? Pourquoi une taxe sur le tabac fait-elle monter le prix des cigarettes moins que le montant de la taxe ? Pour répondre, les économistes utilisent un modèle : celui du marché concurrentiel, où de nombreux acheteurs et vendeurs échangent un bien sans qu'aucun ne puisse fixer le prix. Ce modèle ne décrit pas tous les marchés réels, mais il isole les mécanismes essentiels : la demande, l'offre, l'équilibre et les gains à l'échange. Ce chapitre les présente avec des courbes et des exemples chiffrés.
1. Le marché, une institution
1.1 Définition
Un marché est le lieu, réel ou virtuel, de rencontre entre une offre et une demande d'un bien ou d'un service, où se forme un prix. Il ne fonctionne pas « naturellement » : c'est une institution, c'est-à-dire un ensemble de règles (droit de propriété, monnaie, contrats, normes de qualité, interdiction de certains échanges, contrôle des fraudes) garanties par l'État ou par les acteurs eux-mêmes. Sans règles, pas de confiance ; sans confiance, pas d'échange.
Exemples : le marché du blé (bourse de Chicago), le marché du travail, le marché de l'immobilier, le marché des places de concert en ligne.
1.2 Des marchés plus ou moins concurrentiels
Les marchés se distinguent par leur degré de concurrence, du plus concurrentiel au moins concurrentiel :
| Structure | Nombre d'offreurs | Pouvoir sur le prix | Exemples |
|---|---|---|---|
| concurrence parfaite (modèle) | très grand | aucun : les agents sont preneurs de prix | marché des céréales, du change |
| concurrence monopolistique | grand, produits différenciés | faible | restaurants, vêtements |
| oligopole | quelques-uns | important | téléphonie mobile, constructeurs automobiles |
| monopole | un seul | total : faiseur de prix | SNCF sur certaines lignes, distribution d'eau |
Le modèle de concurrence parfaite suppose : de nombreux offreurs et demandeurs (atomicité), un produit homogène (identique d'un vendeur à l'autre), une information parfaite, une libre entrée sur le marché et la mobilité des facteurs. Aucun agent n'étant assez gros pour influencer le prix, chacun le prend comme une donnée : il est preneur de prix (price taker).
2. La demande et l'offre
2.1 La courbe de demande
La demande est la quantité d'un bien que les consommateurs souhaitent acheter à chaque prix. Elle est décroissante avec le prix : quand le prix monte, certains renoncent ou achètent moins (effet de revenu et de substitution). Sur un graphique avec le prix en ordonnée et la quantité en abscisse, la courbe de demande descend vers la droite ; sa pente (négative) traduit la sensibilité de la demande au prix : plus la courbe est plate, plus une petite variation de prix change fortement la quantité.
Exemple chiffré : demande de places de cinéma dans une ville : (avec en euros). À €, ; à €, .
2.2 La courbe d'offre
L'offre est la quantité que les producteurs souhaitent vendre à chaque prix. Elle est croissante avec le prix : un prix plus élevé rend rentables des unités plus coûteuses à produire et attire de nouveaux producteurs. La courbe d'offre monte vers la droite.
Exemple : ; à €, ; à €, .
2.3 D'où vient la courbe d'offre : la maximisation du profit
Le producteur cherche à maximiser son profit (recettes moins coûts). Le coût marginal est le coût de production d'une unité supplémentaire ; il est en général croissant : les premières unités sont peu coûteuses, puis il faut des heures supplémentaires, des machines moins efficaces, des matières plus chères.
Raisonnement à la marge : tant que le prix (recette d'une unité de plus) est supérieur au coût marginal, produire une unité de plus augmente le profit ; dès que le coût marginal dépasse le prix, l'unité supplémentaire fait perdre de l'argent. Le producteur produit donc la quantité pour laquelle :
Exemple : un artisan a des coûts marginaux de € pour la 1ʳᵉ chaise, € pour la 2ᵉ, € pour la 3ᵉ, € pour la 4ᵉ, € pour la 5ᵉ. Si le prix est €, il fabrique chaises (la 4ᵉ coûterait ) ; si le prix passe à €, il en fabrique . La quantité offerte augmente avec le prix : la courbe de coût marginal est la courbe d'offre du producteur, et l'offre du marché est la somme des offres individuelles.
3. L'équilibre du marché
3.1 La formation du prix
À un prix donné, si la quantité demandée dépasse la quantité offerte, il y a pénurie (demande excédentaire) : des acheteurs insatisfaits acceptent de payer plus, le prix monte. Si l'offre dépasse la demande, il y a surplus de marchandises (offre excédentaire) : les vendeurs baissent leur prix pour écouler. Le prix d'équilibre est celui pour lequel quantité offerte = quantité demandée ; la quantité d'équilibre s'échange à ce prix. Graphiquement, c'est l'intersection des deux courbes.
Exemple : € et places.
En concurrence parfaite, tous les agents sont preneurs de ce prix : aucun ne peut vendre plus cher (les acheteurs iraient ailleurs) ni acheter moins cher.
3.2 Déplacements sur la courbe et déplacements de la courbe
Il faut distinguer deux mouvements :
- un déplacement le long de la courbe : quand le prix change, la quantité demandée (ou offerte) change, mais la courbe reste la même ;
- un déplacement de la courbe : quand un autre facteur change, toute la courbe se décale.
| Facteur | Effet | Conséquence sur l'équilibre |
|---|---|---|
| hausse du revenu, mode, prix d'un substitut en hausse | demande se décale vers la droite (plus demandé à chaque prix) | et augmentent |
| baisse du revenu, produit démodé | demande vers la gauche | et baissent |
| progrès technique, baisse des coûts, bonne récolte | offre vers la droite | baisse, augmente |
| hausse des coûts, mauvaise récolte, taxe | offre vers la gauche (vers le haut) | augmente, baisse |
Exemple des fraises en juin : la récolte abondante décale l'offre vers la droite ; le prix baisse et la quantité vendue augmente ; les consommateurs se déplacent le long de leur courbe de demande.
3.3 L'exemple de la taxe forfaitaire
L'État instaure une taxe forfaitaire de euros par unité vendue, payée par le vendeur. Pour offrir la même quantité, le vendeur exige un prix supérieur de : la courbe d'offre se décale vers le haut de . Reprenons l'exemple avec € : nouvelle offre . Équilibre : € ; .
Le prix payé par les consommateurs monte de à € ( €), le vendeur reçoit € ( €) : la taxe de € est partagée entre acheteurs ( €) et vendeurs ( €), dans des proportions qui dépendent des pentes des courbes ; la quantité échangée diminue de ; l'État perçoit €.
4. Surplus et gains à l'échange
4.1 Le surplus du consommateur et du producteur
Un consommateur prêt à payer € une place qu'il obtient à € gagne € de « satisfaction non payée » : c'est son surplus. Le surplus du consommateur est la somme, pour toutes les unités achetées, de la différence entre le prix que les consommateurs étaient prêts à payer (lu sur la courbe de demande) et le prix effectivement payé : l'aire entre la courbe de demande et la ligne du prix.
De même, un producteur dont le coût marginal est € et qui vend € gagne € : le surplus du producteur est la somme des différences entre le prix reçu et le coût marginal de chaque unité : l'aire entre la ligne du prix et la courbe d'offre.
4.2 Les gains à l'échange sont maximaux à l'équilibre
La somme des deux surplus mesure les gains à l'échange : le bénéfice total que la société tire de l'existence du marché. À l'équilibre concurrentiel, toutes les unités pour lesquelles un acheteur était prêt à payer plus que le coût de production sont échangées, et aucune autre : la somme des surplus est maximale. Si l'on échange moins (prix plancher, quota, taxe), des échanges mutuellement avantageux n'ont pas lieu : perte sèche. Si l'on force plus d'échanges, on produit des unités qui coûtent plus qu'elles ne valent.
C'est en ce sens que le marché concurrentiel est efficace : il ne garantit ni justice ni égalité, mais il maximise le gain total, à condition que ses hypothèses soient respectées (les chapitres suivants montrent ce qui se passe quand elles ne le sont pas).
5. Exemple résolu pas à pas
Énoncé. Sur le marché des vélos d'occasion d'une ville : et ( en euros). a) Calculer le prix et la quantité d'équilibre. b) À €, y a-t-il pénurie ou surplus ? De combien ? c) Une mode du vélo augmente la demande : . Nouvel équilibre et interprétation. d) Calculer le surplus du consommateur à l'équilibre initial (le prix maximal que le premier acheteur est prêt à payer est €).
Résolution.
a) € ; vélos.
b) , : offre excédentaire de vélos, les vendeurs baisseront leurs prix.
c) €, . La demande s'est déplacée vers la droite : prix et quantité augmentent ; les vendeurs se déplacent le long de leur courbe d'offre.
d) Triangle de base (quantité) et de hauteur € : €.
🎯 Rédiger. Distinguer toujours « déplacement de la courbe » (autre facteur) et « déplacement le long de la courbe » (prix) ; poser l'égalité offre = demande pour l'équilibre ; pour une taxe, décaler l'offre du montant de la taxe puis comparer prix payé et prix reçu.
📌 À retenir
- Le marché est une institution (règles) ; degrés de concurrence de la concurrence parfaite (agents preneurs de prix) au monopole (faiseur de prix).
- Demande décroissante, offre croissante ; l'offre du producteur découle de la maximisation du profit : il produit jusqu'à ce que coût marginal = prix (coût marginal croissant).
- Équilibre : quantité offerte = quantité demandée ; pénurie ou surplus font varier le prix ; déplacements le long des courbes (prix) et déplacements des courbes (revenu, coûts, goûts, taxe) ; une taxe forfaitaire décale l'offre vers le haut, le prix payé monte moins que la taxe, la quantité baisse.
- Surplus du consommateur (prêt à payer − payé) et du producteur (reçu − coût marginal) ; leur somme, les gains à l'échange, est maximale à l'équilibre concurrentiel.
Révise ce chapitre avec KlarIA
Tuteur qui t'explique pas à pas, quiz pour t'entraîner, flashcards pour mémoriser. Gratuit.
Créer mon compte gratuitement→