KlarIA
🏛️ Histoire1ereCours

Métropole et colonies

📖

Cours

Métropole et colonies

Entre 18801880 et 19141914, la France se dote du deuxième empire colonial du monde : 1010 millions de km² et 5050 millions d'habitants en 19141914, après le Royaume-Uni. Cette expansion, menée par la Troisième République, repose sur des motivations économiques, politiques et idéologiques et suscite des débats en métropole. Elle provoque des chocs entre puissances européennes, comme à Fachoda en 18981898. Dans les colonies, en Algérie (départements français depuis 18481848) comme à Saigon, les sociétés coloniales fonctionnent sur la domination, codifiée par le code de l'indigénat (18811881, généralisé en 18871887), mais aussi sur des contacts, des échanges et des résistances.

1. L'expansion coloniale française

1.1 Acteurs et territoires

Hérité de la monarchie de Juillet (Algérie, 18301830) et du Second Empire (Sénégal, Cochinchine, Nouvelle-Calédonie), l'empire s'étend surtout sous la République : Tunisie (protectorat, 18811881), Tonkin et Annam (18831883-18851885), Madagascar (18961896), Afrique occidentale française (AOF, 18951895) et équatoriale (AEF, 19101910) par les expéditions de Brazza (Congo) et des officiers de la « coloniale », Maroc (protectorat, 19121912). Les acteurs : l'État et ses ministres (Jules Ferry), les militaires (Gallieni, Lyautey, Bugeaud plus tôt), les explorateurs, les missionnaires (Pères blancs de Lavigerie), les négociants et compagnies, le parti colonial (Eugène Étienne, Comité de l'Afrique française) et les géographes.

1.2 Les motivations et les débats

Dans son discours du 28 juillet 1885 à la Chambre, Jules Ferry expose les trois justifications : économique (débouchés pour l'industrie, matières premières, capitaux : « la politique coloniale est fille de la politique industrielle »), humanitaire et civilisatrice (« les races supérieures ont un devoir envers les races inférieures » : instruire, soigner, abolir l'esclavage) et politique (grandeur, rang de la France après 18701870, bases navales). Ces arguments sont contestés : Clemenceau rejette la hiérarchie des races (« les races supérieures ! c'est vite dit ») et dénonce le détournement des forces vers l'outre-mer alors que la revanche attend sur le Rhin (« j'ai perdu deux sœurs et vous m'offrez vingt domestiques », Déroulède) ; la droite monarchiste critique le coût et les défaites (Lang Son, 18851885, qui fait tomber Ferry, « le Tonkinois ») ; certains socialistes dénoncent l'exploitation. La conquête reste impopulaire jusqu'aux années 18901890, avant que l'empire ne devienne une fierté nationale (Exposition de 19001900, journée coloniale).

1.3 Les chocs entre puissances : 1898, Fachoda

La course aux colonies oppose les Européens malgré la conférence de Berlin (18841884-18851885) qui fixe les règles du partage de l'Afrique. La France veut relier l'Atlantique à la mer Rouge (axe ouest-est), le Royaume-Uni Le Cap au Caire (axe nord-sud) : les deux se croisent au Soudan. En juillet 18981898, la mission Marchand (150150 hommes, deux ans de marche depuis le Congo) hisse le drapeau à Fachoda, sur le Nil ; en septembre, l'armée de Kitchener, forte de 2500025\,000 hommes après avoir écrasé les mahdistes à Omdurman, l'y rejoint. Londres exige le retrait ; la France, isolée et en pleine affaire Dreyfus, cède (33 novembre 18981898). Humiliation en France, mais l'affaire ouvre la voie à l'Entente cordiale (19041904) qui partage les zones d'influence (Égypte britannique, Maroc français). D'autres chocs : crises marocaines avec l'Allemagne (Tanger 19051905, Agadir 19111911).

2. L'Algérie, un cas particulier

2.1 De la conquête aux départements

Conquise à partir de 18301830 (Alger) au prix d'une guerre violente contre Abd el-Kader (reddition en 18471847) et des tribus (razzias, enfumades de Bugeaud), l'Algérie est déclarée territoire français et organisée en trois départements (Alger, Oran, Constantine) par la Deuxième République en 18481848. Elle est une colonie de peuplement : 750000750\,000 Européens en 19111911 (Français, Espagnols, Italiens, Maltais, naturalisés en 18891889), les « pieds-noirs », face à 4,74{,}7 millions de « musulmans » (Arabes et Berbères) ; les Juifs d'Algérie deviennent citoyens par le décret Crémieux (18701870).

2.2 Une société inégalitaire

Les colons contrôlent la politique (députés, conseils), l'économie (vignoble, blé, terres confisquées : 2,72{,}7 millions d'hectares) et l'administration ; les « indigènes » musulmans sont sujets français, non citoyens (ils gardent leur statut personnel musulman ; la naturalisation exige d'y renoncer), soumis à l'indigénat, aux impôts spéciaux et au travail forcé, largement exclus de l'école (5%5\,\% de scolarisés en 19141914). Résistances : insurrection de Mokrani en Kabylie (18711871, réprimée, terres saisies), puis contestation par l'élite instruite (les « Jeunes Algériens » demandent l'égalité, 19121912).

L'Algérie : citoyens et sujets

3. Le fonctionnement des sociétés coloniales

3.1 1887 : le code de l'indigénat généralisé

Le code de l'indigénat, voté pour l'Algérie en 18811881 et généralisé à toutes les colonies en 1887, permet aux administrateurs de punir sans procès les « indigènes » d'amendes, de prison et de séquestre pour des infractions spéciales (3333 en Algérie : réunion sans autorisation, « propos irrespectueux », refus de corvée, voyage sans permis). Il institue une inégalité juridique entre citoyens et sujets, contraire aux principes de 17891789 ; il est prolongé de décennie en décennie jusqu'en 19461946. S'y ajoutent le travail forcé (portage, chemins de fer : Congo-Océan plus tard), l'impôt de capitation et les réquisitions.

3.2 Affrontements, résistances, violences

La conquête est une guerre : massacres au Tonkin, à Madagascar (Gallieni, 18961896-18971897), en Afrique (colonne Voulet-Chanoine, 18991899) ; répression des révoltes (Kabylie 18711871, Madagascar, Maroc). Les résistances prennent aussi des formes religieuses (confréries), politiques (élites diplômées), quotidiennes (fuite, refus de l'impôt).

3.3 Négociations, contacts et échanges

La domination passe aussi par des négociations avec les élites locales (protectorats de Tunisie et du Maroc qui gardent bey et sultan, chefs « traditionnels » relais de l'administration indirecte), par l'école (formation d'interprètes, d'instituteurs, de médecins auxiliaires), la médecine (Instituts Pasteur, vaccination), les missions, l'armée (tirailleurs sénégalais, spahis). Des contacts et des métissages culturels naissent : langue française, urbanisme, mais aussi orientalisme et « zoos humains » des expositions.

3.4 Saigon, ville coloniale

Prise en 18591859, capitale de la Cochinchine puis de l'Indochine (18871887), Saigon est le laboratoire de la ville coloniale : un centre européen à la française (boulevards, cathédrale Notre-Dame 18801880, poste centrale, théâtre, hôtel de ville, palais du gouverneur, rue Catinat et ses cafés), quadrillé, éclairé, doté d'égouts, où vivent 1000010\,000 Européens ; à côté, la ville chinoise de Cholon, cœur du commerce du riz, et les quartiers vietnamiens surpeuplés. Port du riz et du caoutchouc (plantations à travail forcé), Saigon concentre les fonctions de commandement (administration, banque de l'Indochine, école de droit) et la ségrégation spatiale et sociale ; les Vietnamiens instruits y formeront le nationalisme (Nguyen An Ninh, Hô Chi Minh en partira en 19111911).

4. Exemple résolu : analyser un document

Document. Jules Ferry, Chambre des députés, 2828 juillet 18851885 : « Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. […] Il faut dire ouvertement qu'en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. » Réponse de Clemenceau, 3030 juillet : « Races supérieures ! races inférieures ! c'est bientôt dit. […] Ne parlons pas de droit, ni de devoir. La conquête que vous préconisez, c'est l'abus pur et simple de la force. »

Consigne. Confronter les deux textes et montrer ce qu'ils révèlent des débats sur la colonisation.

Résolution.

  1. Présenter : débat parlementaire de juillet 18851885 sur les crédits pour Madagascar, après la chute de Ferry (mars 18851885, Lang Son) ; Ferry, chef des opportunistes, défend sa politique ; Clemenceau, radical, la combat.
  2. Ferry : justification civilisatrice fondée sur une hiérarchie des « races », présentée comme un devoir (instruire, soigner) ; ailleurs dans le discours, arguments économiques (débouchés) et politiques (rang de la France).
  3. Clemenceau : rejet de la hiérarchie des races (au nom de l'égalité de 17891789), dénonciation de la conquête comme violence ; ailleurs, il reproche le détournement des forces loin de l'Alsace-Lorraine et le coût.
  4. Portée : le débat montre une République divisée : la colonisation s'impose après 18901890 par le parti colonial et le consensus sur la « mission civilisatrice », mais la contradiction avec les principes républicains (indigénat) restera.

🎯 Rédiger. Distinguer motivations (économiques, civilisatrices, politiques) et débats ; dater l'expansion (18811881, 18851885, 18951895, 19121912) ; pour l'Algérie, opposer citoyens et sujets ; utiliser les points de passage : indigénat 18871887, Fachoda 18981898, Saigon.


📌 À retenir

  1. Expansion sous la IIIe République : Tunisie (18811881), Indochine (18851885), AOF (18951895), Madagascar (18961896), Maroc (19121912) ; 1010 millions de km², 5050 millions d'habitants en 19141914 ; acteurs : État (Ferry), militaires, missionnaires, négociants, parti colonial.
  2. Motivations : économiques, civilisatrices (« races supérieures »), politiques ; débats : Clemenceau, Déroulède, droite ; impopulaire puis fierté.
  3. Chocs entre puissances : Berlin 18841884-18851885, Fachoda (18981898, Marchand contre Kitchener, retrait français, Entente cordiale 19041904), crises marocaines.
  4. Algérie : conquête 18301830-18471847, trois départements en 1848, colonie de peuplement (750000750\,000 Européens contre 4,74{,}7 millions de musulmans), décret Crémieux, sujets non citoyens, Mokrani 18711871.
  5. Sociétés coloniales : code de l'indigénat (18811881, généralisé 18871887), travail forcé, violences et résistances, mais aussi négociations (protectorats), école, médecine, contacts ; Saigon, ville coloniale ségréguée.

Révise ce chapitre avec KlarIA

Tuteur qui t'explique pas à pas, quiz pour t'entraîner, flashcards pour mémoriser. Gratuit.

Créer mon compte gratuitement