Cours
La mobilité des plaques et la dynamique des dorsales
Au collège, vous avez appris que la lithosphère est découpée en plaques qui bougent. Mais à quelle vitesse ? Comment le sait-on, alors que ces mouvements sont trop lents pour être perçus ? Et que se passe-t-il là où deux plaques s'écartent ? Ce chapitre montre comment plusieurs méthodes indépendantes quantifient les déplacements, comment on distingue zones de divergence et zones de convergence, et comment, aux dorsales, naît une nouvelle lithosphère océanique qui vieillit, se refroidit et s'alourdit en s'éloignant.
1. Des plaques en mouvement
1.1 Identifier les plaques
La carte mondiale des séismes et des volcans montre que l'activité se concentre en bandes étroites qui délimitent de vastes zones stables : les plaques lithosphériques (une douzaine de grandes plaques). Les frontières sont de trois types :
| Frontière | Mouvement | Marqueurs |
|---|---|---|
| divergence (dorsales) | les plaques s'écartent | séismes superficiels, volcanisme basaltique, flux géothermique élevé, relief en dorsale |
| convergence (subduction, collision) | les plaques se rapprochent | séismes jusqu'à km, volcanisme explosif, fosses, chaînes de montagnes, flux faible à la fosse |
| coulissage (failles transformantes) | les plaques glissent l'une contre l'autre | séismes superficiels, pas de volcanisme |
1.2 Mesurer les mouvements actuels : la géodésie
Le GPS (positionnement par satellites) et les mesures laser sur satellites permettent de suivre la position de stations fixées au sol au millimètre près. En quelques années, on mesure le déplacement de chaque station : la plaque Pacifique se déplace vers le nord-ouest à environ cm/an par rapport à la plaque Nord-Américaine ; l'Europe et l'Amérique du Nord s'éloignent de cm/an. La vitesse relative de deux plaques se calcule en comparant les vecteurs de deux stations situées de part et d'autre de la frontière.
1.3 Mesurer les mouvements passés
Trois méthodes géologiques permettent de remonter dans le temps :
Les anomalies magnétiques. Lorsqu'un basalte refroidit, ses minéraux riches en fer enregistrent la direction du champ magnétique terrestre, qui s'inverse irrégulièrement (tous les à ans). Les fonds océaniques montrent des bandes d'aimantation normale et inverse, symétriques de part et d'autre de la dorsale : le plancher se forme à l'axe et s'en écarte de chaque côté. Connaissant l'âge des inversions, on calcule la vitesse : une bande formée il y a Ma située à km de l'axe donne une vitesse d'écartement de cm/an pour chaque flanc.
L'âge des roches par rapport à la dorsale. Les forages datent les basaltes et les premiers sédiments déposés dessus : l'âge augmente régulièrement avec la distance à l'axe, de à la dorsale jusqu'à Ma en bordure des continents. La pente de la droite âge-distance donne la vitesse.
Les alignements volcaniques des points chauds. Un point chaud est une zone fixe du manteau profond où monte du magma. La plaque qui défile au-dessus est percée d'une succession de volcans, qui s'éteignent en s'éloignant du point chaud : l'archipel d'Hawaï s'étire sur km, du volcan actif (Big Island, Ma) aux monts sous-marins de Ma. L'alignement donne la direction du déplacement, les âges donnent la vitesse (environ cm/an pour le Pacifique).
Ces méthodes indépendantes (GPS sur quelques années, anomalies et âges sur des millions d'années) donnent les mêmes vitesses, de à cm/an : les mouvements actuels sont ceux du passé.
2. Divergence et convergence : des contextes différents
Le flux géothermique (chaleur sortant par unité de surface) est un marqueur clé. La carte mondiale du flux montre des valeurs élevées ( mW/m²) le long des dorsales, décroissant avec l'âge du plancher, et des valeurs faibles ( mW/m²) au niveau des fosses de subduction.
| Marqueur | Zone de divergence (dorsale) | Zone de convergence (subduction) |
|---|---|---|
| sismologique | séismes superficiels ( km) | séismes de à km sur un plan incliné |
| thermique | flux élevé, manteau chaud proche de la surface | flux faible à la fosse (lithosphère froide qui plonge), élevé en arrière (volcans) |
| pétrologique | basaltes et gabbros, magma sec | andésites, magma riche en eau, volcanisme explosif |
| morphologique | relief allongé de m, vallée axiale (rift) | fosse profonde ( à m), arc volcanique |
3. La dynamique des dorsales
3.1 Un magmatisme par décompression
Sous la dorsale, l'asthénosphère remonte pour combler l'espace créé par l'écartement des plaques. En montant, la péridotite subit une baisse de pression rapide alors que sa température reste élevée ( °C) : elle franchit sa courbe de fusion et fond partiellement ( à ). C'est la fusion par décompression : aucun apport de chaleur, seulement une chute de pression.
Le magma basaltique, moins dense, monte et s'accumule dans une chambre magmatique sous l'axe. Une partie cristallise lentement en gabbros ; une partie monte par des fissures (filons) et s'épanche au fond de l'océan en basaltes en coussins. Ainsi se forme, en continu, une nouvelle croûte océanique : sédiments à venir, basaltes, filons, gabbros, sur les péridotites résiduelles du manteau. C'est l'accrétion océanique.
3.2 Dorsales rapides et dorsales lentes
- Aux dorsales rapides (Pacifique, à cm/an), l'apport de magma est important et continu : croûte régulière de km, chambre magmatique permanente.
- Aux dorsales lentes (Atlantique, cm/an), l'activité magmatique est réduite et discontinue : la divergence est accommodée par des failles normales qui étirent et amincissent la lithosphère ; par endroits, les péridotites du manteau affleurent directement au fond de l'océan, sans croûte basaltique.
3.3 L'hydrothermalisme
L'eau de mer s'infiltre dans les fissures de la croûte jeune, se réchauffe au contact du magma (jusqu'à °C), dissout des éléments et ressort par des sources hydrothermales (fumeurs noirs). Cette circulation d'eau modifie les minéraux des basaltes, des gabbros et des péridotites : les minéraux anhydres sont remplacés par des minéraux hydratés (contenant des groupements OH). La péridotite devient serpentinite, le gabbro devient gabbro à hornblende ou à chlorite. Cette hydratation aura un rôle majeur en subduction.
4. Le vieillissement de la lithosphère océanique
En s'éloignant de l'axe, la lithosphère se refroidit par conduction. L'isotherme °C, qui marque sa base, s'enfonce : le manteau lithosphérique s'épaissit en incorporant de l'asthénosphère refroidie. Une loi empirique relie l'épaisseur (km) à l'âge (Ma) :
soit km à Ma, km à Ma, km à Ma. Le refroidissement contracte les roches : le plancher s'enfonce (profondeur m à l'axe, m à Ma).
Comme la croûte ( km, densité ) garde la même épaisseur alors que le manteau lithosphérique (densité ) s'épaissit, la densité moyenne de la lithosphère augmente avec l'âge :
À Ma ( km) : ; à Ma ( km) : ; à Ma ( km) : . Elle finit par dépasser la densité de l'asthénosphère sous-jacente ( environ, plus chaude) : la lithosphère âgée est alors plus dense que ce qui la porte, condition de sa plongée en subduction.
5. Exemple résolu pas à pas
Énoncé. Dans l'Atlantique Sud, un forage à km de l'axe de la dorsale atteint des basaltes datés de Ma. a) Calculer la vitesse d'écartement d'un flanc, puis la vitesse totale d'ouverture. b) À quelle distance de l'axe trouvera-t-on l'anomalie magnétique correspondant à l'inversion d'il y a Ma ? c) Calculer l'épaisseur et la densité moyenne de la lithosphère à Ma. d) Un point chaud a percé cette plaque : la chaîne volcanique mesure km entre le volcan actif et un mont sous-marin de Ma. Comparer avec la vitesse trouvée en a.
Résolution.
a) cm/an par flanc ; ouverture totale cm/an.
b) Ma cm/an cm km de l'axe, de chaque côté (symétrie).
c) km ; .
d) cm/an : même vitesse que celle déduite de l'âge des basaltes ; deux méthodes indépendantes concordent (le point chaud mesure le mouvement absolu de la plaque, l'âge des basaltes son écartement par rapport à l'axe).
🎯 Rédiger. Pour toute vitesse, écrire distance / durée avec les conversions ( km cm ; Ma ans) ; préciser s'il s'agit d'un flanc ou de l'ouverture totale ; conclure sur la concordance des méthodes.
📌 À retenir
- Les plaques sont délimitées par les séismes et volcans ; frontières de divergence (dorsales), de convergence (subduction, collision), de coulissage.
- Vitesses ( à cm/an) mesurées par GPS (actuel), anomalies magnétiques symétriques, âge des basaltes selon la distance à l'axe, alignements de points chauds (passé) ; méthodes concordantes.
- Divergence : séismes superficiels, flux géothermique élevé, basaltes ; convergence : séismes profonds, flux faible à la fosse, andésites.
- Dorsale : remontée d'asthénosphère, fusion partielle par décompression, chambre magmatique, gabbros et basaltes = nouvelle croûte (accrétion) ; dorsales lentes : failles normales, péridotites à l'affleurement ; hydrothermalisme : minéraux hydratés (serpentinite).
- En s'éloignant, la lithosphère se refroidit, s'épaissit (), s'enfonce et sa densité moyenne augmente jusqu'à dépasser celle de l'asthénosphère.
Révise ce chapitre avec KlarIA
Tuteur qui t'explique pas à pas, quiz pour t'entraîner, flashcards pour mémoriser. Gratuit.
Créer mon compte gratuitement→