Cours
La question de grammaire
À l'oral, après l'explication linéaire, l'examinateur te pose une question de grammaire sur un passage du texte : deux points, une à deux minutes. Elle porte sur les points du programme de seconde et de première : la négation, l'interrogation, les propositions subordonnées relatives, les subordonnées circonstancielles, la cohésion textuelle, et, en rappel, les accords. Ce chapitre présente chaque notion avec une méthode de réponse, des exemples tirés des œuvres du programme et les pièges les plus fréquents. La règle d'or : citer, identifier, analyser, commenter.
1. Méthode de réponse en quatre temps
- Citer le passage exactement (« Il ne regarderai ni l'or du soir qui tombe, / Ni les voiles… »).
- Identifier la notion demandée et son type précis (négation totale ou partielle, interrogation directe partielle, relative déterminative, subordonnée circonstancielle de concession…).
- Analyser : nommer les éléments (adverbe de négation en deux parties, mot interrogatif, pronom relatif et son antécédent, conjonction de subordination), leur nature, leur fonction, la portée (sur quoi porte la négation ou l'interrogation), le mode du verbe.
- Commenter l'effet dans le texte, en une phrase, si c'est pertinent (une négation qui exprime le refus, une interrogation rhétorique, une relative qui caractérise).
2. La négation
2.1 Formes
- Négation totale : elle nie toute la phrase ; « ne… pas », « ne… point » (littéraire), « ne… nullement », « ne… aucunement » ; à l'oral familier, « ne » disparaît (« je sais pas »), ce qui est à signaler comme registre.
- Négation partielle : elle porte sur un élément de la phrase ; « ne… jamais » (temps), « ne… plus » (temps, cessation), « ne… guère » (quantité), « ne… rien », « ne… personne », « ne… aucun », « ne… nul » (indéfinis), « ne… nulle part » (lieu).
- Négation restrictive (ou exceptive) : « ne… que » = « seulement » ; ce n'est pas une vraie négation (« Pot-Bouille n'est-il qu'un roman de la haine ? » = est-il seulement).
- Négation lexicale : préfixes (in-, im-, dé-, mal-), mots négatifs (« sans », « nul », « refuser », « absence »).
- « Ne » explétif : dans « je crains qu'il ne vienne », « ne » n'est pas négatif (verbes de crainte, « avant que », « à moins que », comparatifs).
- Négation et mode : après une négation, le subjonctif est fréquent dans la subordonnée (« je ne crois pas qu'il vienne ») ; la négation d'un infinitif place les deux éléments devant le verbe (« ne pas venir »).
2.2 Portée et coordination
La portée est ce que la négation nie : « Il ne regarderai ni l'or du soir ni les voiles » (Hugo) : « ne… ni… ni » coordonne deux compléments niés ; dans « Les parfums ne font pas frissonner sa narine » (Rimbaud), la négation porte sur tout le prédicat.
2.3 Exemple de réponse
Question : « Analysez la négation dans Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps (Hugo). » Réponse : « La phrase comporte une négation totale : l'adverbe ne seul, sans pas, ce que permettent les verbes pouvoir, savoir, oser, cesser dans un registre soutenu ; elle porte sur le verbe puis et sur l'infinitif demeurer qui en dépend ; plus longtemps n'est pas ici l'adverbe de négation ne… plus mais un comparatif de durée. La négation exprime une impatience qui laisse croire à un rendez-vous amoureux. »
3. L'interrogation
3.1 Formes
- Interrogation totale : la réponse est oui ou non ; trois constructions : inversion du sujet (« Vois-tu ? »), « est-ce que » (« Est-ce que tu vois ? »), intonation seule à l'oral et en langue familière (« Tu vois ? »).
- Interrogation partielle : elle porte sur un élément, avec un mot interrogatif : pronom (qui, que, quoi, lequel), déterminant (quel), adverbe (où, quand, comment, pourquoi, combien) ; « Quelle est cette langueur / Qui pénètre mon cœur ? » (Verlaine) : déterminant interrogatif « quelle », attribut, inversion.
- Interrogation directe (avec point d'interrogation) / indirecte (subordonnée après un verbe comme demander, savoir, ignorer : « je me demande si tu m'attends », « il ignore où il va ») : pas de point d'interrogation, pas d'inversion, « si » pour l'interrogation totale indirecte, « ce que » pour « que ».
- Interrogation rhétorique (ou oratoire) : question qui n'attend pas de réponse et affirme (« N'est-ce pas le lecteur qui est trompé ? ») ; délibérative : le locuteur s'interroge lui-même (« que faire ? »).
- Registre : l'inversion appartient à la langue soutenue, « est-ce que » à la langue courante, l'intonation à l'oral familier.
3.2 Exemple de réponse
« Quelle est cette langueur / Qui pénètre mon cœur ? Interrogation directe partielle : le déterminant interrogatif quelle introduit le groupe quelle… langueur, attribut du sujet ; le sujet cette langueur est postposé au verbe est (inversion) ; la proposition relative qui pénètre mon cœur complète l'antécédent langueur. L'interrogation, sans réponse dans le poème, traduit l'ignorance du locuteur sur la cause de sa tristesse. »
4. Les propositions subordonnées relatives
4.1 Reconnaître
Une relative est introduite par un pronom relatif (qui, que, quoi, dont, où, lequel et ses formes) qui reprend un antécédent (un nom ou un pronom) et a une fonction dans la relative : « un trou de verdure où chante une rivière » (Rimbaud) : « où » a pour antécédent « trou » et est complément circonstanciel de lieu de « chante » ; « le soldat que j'ai vu » : « que » est COD de « ai vu » ; « l'homme dont je parle » : « dont » est complément indirect ; « celui qui ment » : « qui » est sujet.
4.2 Fonctions et valeurs
- La relative est le plus souvent complément de l'antécédent (expansion du nom, comme un adjectif).
- Relative déterminative : elle est nécessaire au sens (« les élèves qui ont lu passeront l'oral » : seulement ceux-là) ; relative explicative : entre virgules, elle ajoute une information (« les élèves, qui ont lu, passeront l'oral » : tous).
- Relative sans antécédent (substantive) : « Qui dort dîne » ; « ce que je veux » (antécédent « ce »).
- Mode : indicatif d'ordinaire ; subjonctif dans les relatives à valeur de but ou de conséquence (« je cherche un livre qui me plaise »).
4.3 Exemple de réponse
« C'est un trou de verdure où chante une rivière. Proposition subordonnée relative introduite par le pronom relatif où, dont l'antécédent est trou ; où est complément circonstanciel de lieu du verbe chante ; le sujet une rivière est postposé. La relative est déterminative : elle caractérise le lieu comme vivant et sonore. »
5. Les subordonnées circonstancielles
5.1 Reconnaître
Une subordonnée conjonctive circonstancielle est introduite par une conjonction ou locution conjonctive de subordination (quand, lorsque, parce que, puisque, si, bien que, quoique, pour que, afin que, de sorte que, comme, alors que…) ; elle est complément circonstanciel du verbe principal et peut se déplacer ou se supprimer.
5.2 Les sept valeurs
| Valeur | Conjonctions | Mode | Exemple |
|---|---|---|---|
| temps | quand, lorsque, dès que, avant que (+ subj.), après que, pendant que | indicatif (subjonctif après avant que, jusqu'à ce que) | « quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe… » (Hugo) |
| cause | parce que, puisque, comme (en tête), étant donné que | indicatif | « puisque tu m'attends, je pars » |
| conséquence | si bien que, de sorte que, tellement… que, si… que | indicatif | « il ment si bien que tous le croient » |
| but | pour que, afin que, de peur que | subjonctif | « il ment pour qu'on l'admire » |
| concession, opposition | bien que, quoique (+ subj.), alors que, tandis que, même si | subjonctif (bien que) ou indicatif | « bien qu'il mente, on l'aime » |
| condition, hypothèse | si, à condition que (+ subj.), pourvu que, au cas où (+ cond.) | indicatif après si (jamais de conditionnel) | « si tu m'attends, je viendrai » |
| comparaison | comme, ainsi que, de même que, plus… que | indicatif | « souriant comme sourirait un enfant malade » (Rimbaud) |
5.3 Pièges
- Ne pas confondre « comme » causal (en tête : « comme il pleut, je reste ») et comparatif.
- « Si » interrogatif indirect (« je me demande si… ») n'est pas conditionnel.
- « Que » peut introduire une complétive (COD : « je sais qu'il ment ») et non une circonstancielle.
- Les équivalents : une circonstancielle peut commuter avec un groupe nominal (« à ton arrivée ») ou un participe (« en arrivant »), ce que l'examinateur peut demander.
5.4 Exemple de réponse
« Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe / Un bouquet. Subordonnée conjonctive circonstancielle de temps introduite par quand, complément circonstanciel de mettrai ; elle est antéposée, à l'indicatif futur, et exprime la simultanéité ou la succession immédiate ; elle retarde la révélation de la tombe, placée après le verbe principal. »
6. La cohésion textuelle et les accords
6.1 Les outils de cohésion
Ce sont les moyens qui relient les phrases d'un texte :
- les reprises : pronoms (il, elle, celui-ci, en, y), déterminants possessifs et démonstratifs, reprises nominales (synonymes, hyperonymes : « le soldat », « le dormeur », « l'enfant ») ;
- les connecteurs logiques et temporels (mais, donc, ainsi, puis, enfin, cependant) ;
- la progression thématique : thème (ce dont on parle) et propos (ce qu'on en dit) ; progression à thème constant (le même sujet repris : le soldat, il, il), linéaire (le propos devient thème), à thèmes dérivés ;
- les temps verbaux et l'ancrage (présent d'énonciation, système du passé) ;
- les anaphores et répétitions (le mot « trou » aux vers et ).
Question type : « Comment le texte assure-t-il sa cohésion ? » Réponse : repérer les reprises du même référent, les connecteurs, le temps dominant, et montrer l'effet (unité, progression, retour).
6.2 Les accords (rappel de seconde)
- Dans le groupe nominal : déterminant, nom, adjectif s'accordent en genre et nombre ; adjectifs de couleur composés invariables (« des yeux bleu clair ») ; participes passés employés comme adjectifs.
- Sujet-verbe : accord avec le sujet même inversé (« où chante une rivière », « Ni les voiles au loin descendant ») ; sujets coordonnés → pluriel ; « la plupart des… » → pluriel ; pronom relatif « qui » → accord avec l'antécédent.
- Participe passé : avec « être », accord avec le sujet ; avec « avoir », accord avec le COD placé avant (« les lettres qu'elle a écrites ») ; verbes pronominaux : accord avec le COD réfléchi (« elle s'est lavée » mais « elle s'est lavé les mains »).
7. Exemple résolu : trois questions sur un même texte
Texte. Musset, On ne badine pas avec l'amour, acte II, scène 5 : « On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé. »
Question 1 : analysez la subordonnée « quand on est sur le bord de sa tombe ». Subordonnée conjonctive circonstancielle de temps, introduite par « quand », à l'indicatif présent, complément circonstanciel de « se retourne » ; antéposée, elle situe le bilan à l'heure de la mort et donne à la tirade sa gravité.
Question 2 : quelle est la valeur de « mais » et quel rôle joue-t-il dans la cohésion ? « Mais » est une conjonction de coordination à valeur d'opposition : elle relie deux propositions et fait basculer chaque phrase de la souffrance (« trompé », « blessé », « malheureux », « souffert ») à l'amour (« on aime », « j'ai aimé ») ; répété deux fois, il structure la tirade en antithèse et assure sa progression.
Question 3 : « J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois » : justifiez l'accord des participes. « souffert » : participe passé avec « avoir », sans COD, invariable ; « trompé » : verbe pronominal « se tromper », essentiellement pronominal, dont le pronom « me » n'est pas analysable comme COD : accord avec le sujet « je », ici masculin singulier (Perdican) ; si Camille parlait, on écrirait « trompée ».
🎯 Retenir. Citer, identifier, analyser (éléments, nature, fonction, portée, mode), commenter. Négation totale / partielle / restrictive ; interrogation totale / partielle, directe / indirecte, rhétorique ; relative : pronom, antécédent, fonction, déterminative / explicative ; circonstancielle : conjonction, valeur, mode, commutation ; cohésion : reprises, connecteurs, progression, temps ; accords.
📌 À retenir
- Méthode : citer, identifier le type, analyser les éléments (nature, fonction, portée, mode), commenter l'effet ; deux minutes.
- Négation : totale (ne… pas), partielle (ne… jamais, plus, rien, personne), restrictive (ne… que), lexicale ; « ne » explétif ; portée.
- Interrogation : totale (inversion, est-ce que, intonation) ou partielle (mot interrogatif) ; directe ou indirecte (si, ce que, sans inversion) ; rhétorique, délibérative.
- Relative : pronom relatif avec antécédent et fonction dans la relative ; déterminative ou explicative. Circonstancielle : conjonction, sept valeurs, mode (subjonctif après pour que, bien que, avant que), déplaçable, commutable. Cohésion : reprises, connecteurs, progression thématique, temps. Accords : GN, sujet-verbe, participe passé.
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