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La Révolution française et l'Empire : une nouvelle conception de la nation

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La Révolution française et l'Empire : une nouvelle conception de la nation

En 17891789, la France est la première grande monarchie d'Europe à voir son ordre politique s'effondrer sous la pression de sa propre population. En quelques mois, les principes de la modernité politique sont formulés : souveraineté de la nation, égalité en droits, liberté. Il faudra ensuite un quart de siècle, dix années de Révolution puis quinze de Consulat et d'Empire, pour tenter de construire un ordre politique stable sur ces bases, dans une France en guerre contre l'Europe des rois. Ce chapitre suit cette rupture et ses tentatives de reconstruction, de la Bastille à Waterloo.

1. 1789 : la rupture avec l'Ancien Régime

1.1 Une monarchie en crise

Sous l'Ancien Régime, le roi tient son pouvoir de Dieu (monarchie absolue de droit divin) et la société est divisée en trois ordres : clergé, noblesse (les deux ordres privilégiés, exemptés de la plupart des impôts) et tiers état (97%97\,\% de la population). En 17881788, l'État est en faillite après les guerres et l'aide aux insurgés américains ; les mauvaises récoltes font flamber le prix du pain. Louis XVI convoque les États généraux pour le 55 mai 17891789. Les cahiers de doléances rédigés dans tout le royaume réclament l'égalité fiscale et une constitution ; les idées des Lumières (Montesquieu, Rousseau) nourrissent ces attentes.

1.2 Les journées fondatrices

  • 17 juin 1789 : les députés du tiers état se proclament Assemblée nationale, affirmant représenter la nation ; le 2020 juin, ils jurent de ne pas se séparer avant d'avoir donné une constitution au royaume (serment du Jeu de paume).
  • 14 juillet : le peuple de Paris prend la Bastille, symbole de l'arbitraire royal ; la révolte gagne les campagnes (Grande Peur).
  • Nuit du 4 août : l'Assemblée abolit les privilèges et la féodalité.
  • 26 août : la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (DDHC).

1.3 Les principes de la modernité politique

La DDHC synthétise les grands principes : les hommes « naissent et demeurent libres et égaux en droits » (art. 1) ; « le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation » (art. 3) ; la loi est « l'expression de la volonté générale » (art. 6) ; liberté d'opinion et de religion, sûreté, propriété, impôt consenti et réparti selon les facultés, séparation des pouvoirs (art. 16). La nation n'est plus la somme des sujets d'un roi mais une communauté de citoyens égaux qui se donne ses lois par ses représentants : c'est une nouvelle conception de la nation.

Ancien Régime et nation souveraine

1.4 Unir la nation : la reconstruction de 1789-1791

L'Assemblée constituante réorganise la France : 83 départements (17901790) remplacent les provinces ; les douanes intérieures et les corporations disparaissent ; les biens du clergé sont nationalisés pour rembourser la dette (assignats) ; la Constitution civile du clergé (17901790) fait des prêtres des fonctionnaires élus, ce qui divise les catholiques entre jureurs et réfractaires et ouvre le conflit entre Révolution et Église. La fête de la Fédération (1414 juillet 17901790) célèbre l'unité de la nation autour du roi. La Constitution de 1791 instaure une monarchie constitutionnelle : le roi, « roi des Français », garde un veto suspensif ; l'Assemblée législative vote la loi ; le suffrage est censitaire (citoyens « actifs » payant un impôt).

2. La République à l'épreuve : conflits, guerre et Terreur (1791-1799)

2.1 Le roi contre la Révolution

En juin 17911791, Louis XVI tente de fuir à l'étranger : arrêté à Varennes, il perd la confiance de la nation. En avril 17921792, la France déclare la guerre à l'Autriche ; les défaites et la trahison supposée de la cour provoquent la journée du 10 août 1792 : les sans-culottes parisiens prennent les Tuileries, le roi est suspendu. Une nouvelle assemblée, la Convention, élue au suffrage universel masculin, proclame la République le 2121 septembre 17921792, au lendemain de la victoire de Valmy (2020 septembre), première victoire de la nation en armes.

2.2 Le procès du roi (décembre 1792 - janvier 1793)

La Convention juge Louis XVI pour « conspiration contre la liberté publique ». Le débat oppose les Girondins, favorables à un appel au peuple, aux Montagnards (Robespierre, Saint-Just), pour qui « Louis doit mourir parce qu'il faut que la patrie vive ». Le roi est condamné à mort à une courte majorité et guillotiné le 21 janvier 1793. La monarchie est symboliquement abolie ; l'Europe monarchique se coalise contre la France.

2.3 La Terreur (1793-1794)

Face à la guerre extérieure, à la révolte fédéraliste et à l'insurrection de Vendée, la Convention montagnarde met en place un gouvernement révolutionnaire : Comité de salut public, Tribunal révolutionnaire, loi des suspects (septembre 17931793), levée en masse de 300000300\,000 puis de tous les hommes de 1818 à 2525 ans, maximum des prix. La Terreur fait environ 1700017\,000 condamnés à mort (dont les Girondins, la reine, Danton) et des dizaines de milliers de victimes en Vendée. Les sans-culottes pèsent sur les représentants de la nation par leurs journées et leurs sections. Le 9 thermidor an II (2727 juillet 17941794), Robespierre est renversé et exécuté.

Madame Roland, salonnière girondine influente, ministre par l'intermédiaire de son mari, guillotinée en novembre 17931793, incarne la place nouvelle et limitée des femmes en révolution : elles agissent (clubs, marche sur Versailles d'octobre 17891789, Olympe de Gouges et sa Déclaration des droits de la femme, 17911791) mais restent exclues de la citoyenneté ; les clubs féminins sont fermés en 17931793.

2.4 Le Directoire (1795-1799)

La Constitution de l'an III (17951795) rétablit le suffrage censitaire et confie l'exécutif à cinq directeurs. Menacé par les royalistes et par les jacobins, le régime recourt aux coups d'État et à l'armée : le général Bonaparte, vainqueur en Italie (17961796-17971797), en Égypte (17981798), renverse le Directoire le 18 brumaire an VIII (99 novembre 17991799).

3. Napoléon : un ordre autoritaire qui conserve des principes de 1789

3.1 Le Consulat

Premier consul (17991799), consul à vie (18021802), Bonaparte concentre le pouvoir : assemblées sans poids, préfets dans chaque département (18001800), police de Fouché, presse contrôlée, plébiscites qui remplacent le vote libre. Il réconcilie la France avec l'Église par le Concordat (18011801), crée la Banque de France, le franc germinal, les lycées (18021802) et la Légion d'honneur.

3.2 1804 : le Code civil et l'Empire

Le Code civil (2121 mars 18041804) fixe en 22812\,281 articles clairs les acquis de 17891789 : égalité devant la loi, liberté individuelle, propriété garantie, laïcité de l'état civil, mariage civil et divorce (restreint), fin des droits féodaux ; mais il consacre l'autorité du père et l'infériorité juridique de la femme mariée. Le 22 décembre 18041804, Napoléon est sacré empereur des Français : le pouvoir devient héréditaire, une noblesse d'Empire apparaît, tout en gardant l'idée d'une souveraineté venue de la nation (plébiscite). L'Empire est un ordre politique autoritaire fondé sur les principes de la Révolution.

3.3 La diffusion des principes en Europe

Par ses conquêtes (Austerlitz 18051805, Iéna 18061806, Wagram 18091809), Napoléon domine l'Europe : 130 départements français en 18111811, États vassaux confiés à sa famille (Espagne, Naples, Westphalie, royaume d'Italie), Confédération du Rhin qui met fin au Saint-Empire (18061806). Partout, il exporte le Code civil, l'abolition des privilèges et du servage, l'égalité devant la loi, une administration moderne. Le Code reste en vigueur ou inspire les lois de la Belgique, des Pays-Bas, de l'Italie, de l'Allemagne rhénane.

L'Europe napoléonienne

3.4 La fragilité de l'Empire

La domination française provoque la résistance des monarchies (Royaume-Uni, invaincu sur mer après Trafalgar 18051805, visé par le blocus continental de 18061806 ; Autriche ; Russie) et l'émergence des sentiments nationaux : en Espagne, l'insurrection de 18081808 (le « Dos de Mayo », guérilla), en Allemagne, le soulèvement de 18131813 et la « bataille des Nations » de Leipzig. La Grande Armée, forte de 600000600\,000 hommes de toute l'Europe en 18121812, est anéantie par la campagne de Russie ; la France est envahie en 18141814, Napoléon abdique, revient pour les Cent-Jours et perd définitivement à Waterloo (1818 juin 18151815). De la nation en armes de 17931793, où le citoyen-soldat défendait la liberté, on est passé à l'armée d'un empereur, alimentée par la conscription : la guerre a fini par retourner les nations d'Europe contre la France.

4. Exemple résolu : analyser un document

Document. Extrait de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, 2626 août 17891789 : « Art. 1. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. […] Art. 3. Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément. Art. 6. La loi est l'expression de la volonté générale. Tous les citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs représentants, à sa formation. »

Consigne. Montrer que ce texte rompt avec l'Ancien Régime et fonde une nouvelle conception de la nation.

Résolution.

  1. Présenter : texte de loi voté par l'Assemblée nationale constituante le 2626 août 17891789, quelques semaines après la prise de la Bastille et l'abolition des privilèges, destiné à servir de préambule à la constitution.
  2. Rupture avec l'Ancien Régime : l'article 1 pose l'égalité en droits contre la société d'ordres et les privilèges ; l'article 3 retire la souveraineté au roi de droit divin (« nul individu ») pour la donner à la nation ; l'article 6 fait de la loi la volonté générale et non celle du monarque.
  3. Nouvelle conception de la nation : la nation est une communauté de citoyens égaux, source de tout pouvoir, qui participe à la loi « par ses représentants » : c'est le fondement de la représentation nationale et de la monarchie constitutionnelle de 17911791.
  4. Limites et portée : la Déclaration ne dit rien des femmes ni des esclaves des colonies (abolition seulement en 17941794) et le suffrage sera censitaire ; mais sa portée est universelle : elle sera reprise en 18481848, en 19461946 et dans la Constitution actuelle, et diffusée en Europe par les armées de la Révolution et de l'Empire.

🎯 Rédiger. Dater et situer chaque événement ; expliquer un principe (souveraineté nationale, égalité) par un article ou une mesure précise ; distinguer ce que Napoléon conserve de 17891789 (Code civil, égalité, carrières ouvertes au mérite) et ce qu'il abandonne (libertés politiques, vote libre).


📌 À retenir

  1. 1789 : États généraux, Assemblée nationale (1717 juin), Bastille (1414 juillet), abolition des privilèges (44 août), DDHC (2626 août) : la souveraineté passe du roi à la nation, communauté de citoyens libres et égaux.
  2. 1791-1794 : monarchie constitutionnelle ruinée par Varennes et la guerre ; 10 août 1792 et République ; procès et mort de Louis XVI (2121 janvier 17931793) ; Terreur (Comité de salut public, loi des suspects, environ 1700017\,000 exécutions) jusqu'au 9 thermidor.
  3. 1795-1799 : Directoire instable, montée de l'armée ; 18 brumaire (17991799).
  4. Napoléon : ordre autoritaire (préfets, plébiscites, censure) conservant les principes de 17891789 : Code civil (18041804), égalité devant la loi, Concordat ; Empire (22 décembre 18041804).
  5. Europe : conquêtes et diffusion du Code et de l'égalité, mais résistance des monarchies et réveil des nations (Espagne 18081808, Leipzig 18131813) ; de la nation en armes à la Grande Armée ; chute en 18141814-18151815.

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