En seconde, tu as appris à additionner des vecteurs et à les multiplier par un nombre. Il manquait une opération : multiplier deux vecteurs entre eux. Le produit scalaire répond à ce besoin. Son résultat n'est pas un vecteur mais un nombre (un « scalaire »), qui mesure à quel point deux vecteurs « vont dans le même sens ».
Cet outil unifie toute la géométrie métrique : il permet de calculer des longueurs, des angles, de démontrer des orthogonalités, et il redonne le théorème de Pythagore comme un simple cas particulier. En physique, c'est lui qui définit le travail d'une force.
1. Définition du produit scalaire
1.1 Avec la projection orthogonale
Soient u et v deux vecteurs non nuls, représentés par u=AB et v=AC.
On note H le projeté orthogonal de C sur la droite (AB).
Le produit scalaire de u et v, noté u⋅v, est le nombre réel
AB⋅AC=AB⋅AH=⎩⎨⎧AB×AH−AB×AH0si AB et AH ont le meˆme senss’ils sont de sens contrairessi H=A
Si l'un des vecteurs est nul, le produit scalaire vaut 0.
1.2 Avec le cosinus
Si u et v sont non nuls et si θ désigne l'angle BAC (compris entre 0 et π) :
u⋅v=∥u∥×∥v∥×cosθ
Cette formule est cohérente avec la précédente : dans le triangle AHC rectangle en H, AH=ACcosθ quand θ est aigu, et le cosinus est négatif quand θ est obtus, ce qui produit le signe « moins ».
Exemples :
Triangle ABC équilatéral de côté 4 : AB⋅AC=4×4×cos3π=8.
Carré ABCD de côté 3 : AB⋅AD=0 (angle droit) et AB⋅AC=AB×AB=9, car le projeté de C sur (AB) est B.
∥u∥=2, ∥v∥=5, angle de 120° : u⋅v=2×5×cos120°=10×(−21)=−5.
1.3 Le carré scalaire
u⋅u=∥u∥2noteˊ aussi u2
En effet cos0=1.
En particulier AB⋅AB=AB2.
2. Propriétés et orthogonalité
2.1 Symétrie et bilinéarité
Pour tous vecteurs u, v, w et tout réel k :
Propriété
Formule
symétrie
u⋅v=v⋅u
linéarité (addition)
u⋅(v+w)=u⋅v+u⋅w
linéarité (multiple)
(ku)⋅v=k(u⋅v)
Ces règles signifient qu'on développe un produit scalaire comme un produit de nombres. En particulier :
∥u+v∥2=∥u∥2+2u⋅v+∥v∥2∥u−v∥2=∥u∥2−2u⋅v+∥v∥2
et (u+v)⋅(u−v)=∥u∥2−∥v∥2.
Démonstration de la première identité :∥u+v∥2=(u+v)⋅(u+v)=u⋅u+u⋅v+v⋅u+v⋅v=∥u∥2+2u⋅v+∥v∥2.
2.2 Calculer un produit scalaire avec des normes
En isolant u⋅v dans l'identité précédente :
u⋅v=21(∥u+v∥2−∥u∥2−∥v∥2)
Exemple : si ∥u∥=3, ∥v∥=4 et ∥u+v∥=6, alors u⋅v=21(36−9−16)=211=5,5.
2.3 Orthogonalité
Deux vecteurs sont orthogonaux si l'un est nul ou si leurs directions sont perpendiculaires. Comme cos2π=0 :
u⊥v⟺u⋅v=0
C'est l'outil pour démontrer qu'un angle est droit ou que deux droites sont perpendiculaires.
3. Produit scalaire dans un repère orthonormé
3.1 Expression avec les coordonnées
Dans un repère orthonormé (O;i;j), si u(x;y) et v(x′;y′) :
u⋅v=xx′+yy′∥u∥=x2+y2
Démonstration.u=xi+yj et v=x′i+y′j.
Par bilinéarité, u⋅v=xx′i⋅i+xy′i⋅j+yx′j⋅i+yy′j⋅j.
Comme la base est orthonormée, i⋅i=j⋅j=1 et i⋅j=0 : il reste xx′+yy′.
La norme s'en déduit avec u⋅u=x2+y2.
Les coordonnées elles-mêmes sont des produits scalaires : x=u⋅i et y=u⋅j.
3.2 Applications
Orthogonalité :u(3;−1) et v(2;6) : u⋅v=6−6=0, les vecteurs sont orthogonaux.
Angle :u(1;2) et v(3;1) : u⋅v=3+2=5, ∥u∥=5, ∥v∥=10, donc
cosθ=∥u∥∥v∥u⋅v=5105=505=525=22
et θ=4π, soit 45°.
Triangle rectangle :A(1;1), B(4;2), C(0;4) : AB(3;1), AC(−1;3), AB⋅AC=−3+3=0 : le triangle est rectangle en A.
4. La formule d'Al-Kashi
Dans un triangle ABC, avec les notations usuelles a=BC, b=CA, c=AB :
a2=b2+c2−2bccosA
et de même b2=a2+c2−2accosB, c2=a2+b2−2abcosC.
Démonstration (exigible). Par la relation de Chasles, BC=AC−AB. Donc
Si A est droit, cosA=0 et l'on retrouve le théorème de Pythagore : Al-Kashi en est la généralisation à tous les triangles.
Exemple (calculer une longueur) :AB=7, AC=5, A=60°.
Alors BC2=25+49−2×5×7×21=74−35=39, donc BC=39≈6,24.
Exemple (calculer un angle) :a=7, b=5, c=6.
Alors cosA=2bcb2+c2−a2=6025+36−49=6012=0,2, donc A≈78,5°.
5. Transformation de MA⋅MB
Soient A et B deux points distincts et I le milieu de [AB].
Pour tout point M :
MA⋅MB=MI2−IA2=MI2−4AB2
Démonstration.MA=MI+IA et MB=MI+IB=MI−IA (car I est le milieu).
Donc MA⋅MB=(MI+IA)⋅(MI−IA)=MI2−IA2.
Le cercle de diamètre [AB] (démonstration exigible)
MA⋅MB=0⟺MI2=IA2⟺MI=IA
L'ensemble des points M tels que MA⋅MB=0 est donc le cercle de centre I et de rayon IA=2AB, c'est-à-dire le cercle de diamètre [AB].
On retrouve le résultat du collège : le triangle AMB est rectangle en M si et seulement si M est sur le cercle de diamètre [AB] (avec M=A, M=B).
Exemple : dans un repère orthonormé, A(−2;0) et B(4;0).
Pour M(x;y) : MA⋅MB=(−2−x)(4−x)+(0−y)(0−y)=x2−2x−8+y2.
La condition MA⋅MB=0 s'écrit (x−1)2+y2=9 : cercle de centre I(1;0), milieu de [AB], et de rayon 3=2AB.
6. Choisir la bonne méthode de calcul
Ce que l'on connaît
Méthode
Formule
une figure avec un angle droit, un projeté
projection orthogonale
AB⋅AC=±AB×AH
deux longueurs et l'angle entre les vecteurs
cosinus
∥u∥∥v∥cosθ
les coordonnées dans un repère orthonormé
coordonnées
xx′+yy′
les normes de u, v et u+v (ou u−v)
normes
21(∥u+v∥2−∥u∥2−∥v∥2)
Et dans l'autre sens : pour calculer une longueur, Al-Kashi ou ∥u∥2=u⋅u ; pour calculer un angle, cosθ=∥u∥∥v∥u⋅v ; pour démontrer une orthogonalité, montrer que le produit scalaire est nul.
7. Exemple résolu pas à pas
Énoncé. Dans un triangle ABC, AB=6, AC=4 et A=60°.
Calculer AB⋅AC.
Calculer la longueur BC.
Déterminer une valeur approchée de l'angle B au dixième de degré.
Résolution.
1. On connaît deux longueurs et l'angle : formule du cosinus. AB⋅AC=6×4×cos60°=24×21=12.
2. Al-Kashi : BC2=AB2+AC2−2×AB×AC×cosA=36+16−2×12=28.
Donc BC=28=27≈5,29.
3. Al-Kashi appliqué à l'angle B, opposé au côté AC : AC2=AB2+BC2−2×AB×BC×cosB, soit 16=36+28−2×6×27cosB, d'où
cosB=24736+28−16=24748=72≈0,756etB≈40,9°.
Contrôle : C≈180°−60°−40,9°=79,1°, et le plus grand angle est bien opposé au plus grand côté AB=6.