En seconde, tu as étudié la fonction carré x↦x2 et sa parabole.
Ce chapitre généralise à toutes les fonctions de la forme x↦ax2+bx+c : leur courbe est encore une parabole, et l'on apprend à répondre à trois questions qui reviennent sans cesse, en maths comme en physique ou en économie.
Où la fonction s'annule-t-elle ? C'est résoudre une équation du second degré.
Quel est son signe ? C'est résoudre une inéquation.
Quel est son maximum ou son minimum ? C'est un problème d'optimisation.
La clé du chapitre : une même fonction s'écrit sous trois formes, et chaque forme répond à une question différente.
1. Fonction polynôme du second degré
1.1 Définition
Une fonction polynôme du second degré (on dit aussi un trinôme) est une fonction f définie sur R par :
f(x)=ax2+bx+cavec a,b,c reˊels et a=0
Cette écriture est la forme développée réduite.
Exemples :
f(x)=2x2−3x+1 : a=2, b=−3, c=1.
g(x)=−x2+4 : a=−1, b=0, c=4.
h(x)=3x(x−2)=3x2−6x : a=3, b=−6, c=0 (il faut développer pour lire les coefficients).
Contre-exemples :x↦2x+1 n'est pas du second degré (a=0), x↦x3−x2 non plus (degré 3).
1.2 La parabole
La courbe représentative d'une fonction polynôme du second degré est une parabole. Son allure dépend du signe de a :
si a>0, la parabole est tournée vers le haut (elle « sourit ») et possède un minimum ;
si a<0, la parabole est tournée vers le bas et possède un maximum.
Le point le plus bas (ou le plus haut) est le sommetS.
La parabole est symétrique par rapport à la droite verticale passant par S : c'est son axe de symétrie.
La parabole de f(x)=x2−4x+3 (a=1>0) : sommet S(2;−1), axe de symétrie x=2, racines 1 et 3.
2. Forme canonique, sommet et variations
2.1 La complétion du carré
L'outil est l'identité, valable pour tous réels x et a :
x2+2ax=(x+a)2−a2
Elle vient de (x+a)2=x2+2ax+a2 : on « complète » x2+2ax en un carré parfait, puis on retire ce qu'on a ajouté en trop.
Exemples :
x2+6x=(x+3)2−9 (ici 2a=6 donc a=3).
x2−4x+3=(x−2)2−4+3=(x−2)2−1.
2x2+8x+3=2(x2+4x)+3=2[(x+2)2−4]+3=2(x+2)2−5.
Dans le dernier exemple, on a d'abord factorisé par a les termes en x2 et en x avant de compléter le carré.
2.2 Forme canonique
Toute fonction polynôme du second degré peut s'écrire sous la forme canonique :
f(x)=a(x−α)2+β
Le sommet de la parabole est alors S(α;β) et l'axe de symétrie a pour équation x=α.
Exemple :f(x)=x2−4x+3=(x−2)2−1 : ici α=2 et β=−1, le sommet est S(2;−1), ce qu'on lit sur le graphique ci-dessus.
📌 À connaître : l'abscisse du sommet est toujours
α=−2abetβ=f(α).
En effet, ax2+bx=a(x2+abx)=a[(x+2ab)2−4a2b2] : le carré s'annule pour x=−2ab.
Le calcul de la forme canonique dans le cas général n'est pas exigible, mais la formule α=−2ab est utilisée en permanence.
Exemple :g(x)=−2x2+8x−3.
On a α=−2×(−2)8=2 et β=g(2)=−8+16−3=5.
Donc g(x)=−2(x−2)2+5 et le sommet est S(2;5).
2.3 Variations et extremum
Comme (x−α)2⩾0, la quantité a(x−α)2 est du signe de a et s'annule seulement en x=α.
Signe de a
Variations de f
Extremum
a>0
décroissante sur ]−∞;α], croissante sur [α;+∞[
minimumβ atteint en α
a<0
croissante sur ]−∞;α], décroissante sur [α;+∞[
maximumβ atteint en α
Exemple :g(x)=−2(x−2)2+5 : a=−2<0, donc g admet un maximum égal à 5, atteint en x=2.
La symétrie se traduit par f(α−h)=f(α+h) pour tout h : deux abscisses à égale distance de α ont la même image.
3. Forme factorisée, racines et signe
3.1 Racines et forme factorisée
Une racine de f est un réel x0 tel que f(x0)=0.
Graphiquement, c'est l'abscisse d'un point où la parabole coupe l'axe des abscisses.
Lorsque f admet deux racines x1 et x2, elle s'écrit sous forme factorisée :
f(x)=a(x−x1)(x−x2)
Exemple :f(x)=2(x−1)(x+3) a pour racines 1 et −3.
En développant : f(x)=2(x2+2x−3)=2x2+4x−6.
3.2 Signe d'une fonction donnée sous forme factorisée
Pour f(x)=a(x−x1)(x−x2) avec x1<x2, on dresse un tableau de signes : chaque facteur du premier degré change de signe en sa racine, et l'on multiplie les signes colonne par colonne.
Exemple :f(x)=2(x−1)(x+3), racines −3 et 1.
x
−∞
−3
1
+∞
x+3
−
0
+
+
x−1
−
−
0
+
f(x)=2(x−1)(x+3)
+
0
−
0
+
🎯 Règle à retenir : une fonction polynôme du second degré est du signe de a à l'extérieur des racines, et du signe opposé entre les racines.
3.3 Somme et produit des racines
En développant a(x−x1)(x−x2)=ax2−a(x1+x2)x+ax1x2 et en comparant avec ax2+bx+c :
x1+x2=−abx1x2=ac
C'est très utile pour trouver des racines entières de tête.
Exemple :x2−7x+12.
On cherche deux nombres de somme 7 et de produit 12 : 3 et 4.
Donc x2−7x+12=(x−3)(x−4).
Exemple (racine évidente) :x2−5x+4.
Comme 1−5+4=0, le nombre 1 est racine.
Le produit des racines vaut ac=4, donc l'autre racine est 4 : x2−5x+4=(x−1)(x−4).
3.4 Trouver les fonctions qui s'annulent en deux réels donnés
Les fonctions polynômes du second degré qui s'annulent en x1 et x2 (distincts) sont exactement les f(x)=a(x−x1)(x−x2) avec a=0 : il y en a une infinité, une pour chaque valeur de a.
Une condition supplémentaire fixe a.
Exemple : la fonction qui s'annule en −2 et 5 et vérifie f(0)=20 : f(x)=a(x+2)(x−5) et f(0)=a×2×(−5)=−10a=20, donc a=−2 et f(x)=−2(x+2)(x−5).
4. Résoudre une équation du second degré : le discriminant
4.1 Le théorème
Soit l'équation ax2+bx+c=0 avec a=0.
On appelle discriminant le nombre
x2+4x+4=0.Δ=16−16=0.
Une solution x0=−24=−2.
On reconnaît d'ailleurs (x+2)2.
x2+x+1=0.Δ=1−4=−3<0.
Aucune solution : la parabole ne coupe pas l'axe des abscisses.
⚠️ Avant de sortir le discriminant, regarde si une méthode plus rapide s'applique : coefficient b nul, identité remarquable, racine évidente (partie 6). Le discriminant marche toujours, mais il est plus long et source d'erreurs de signe.
La règle de la partie 3 s'étend à tous les cas grâce au discriminant.
Cas
Signe de ax2+bx+c
Δ>0, racines x1<x2
signe de a à l'extérieur de [x1;x2], signe de −a entre les racines
Δ=0, racine x0
signe de a partout, nul en x0
Δ<0
signe de a partout, jamais nul
Exemple : résoudre −x2+2x+8>0.
Δ=4+32=36, racines x1=−2−2−6=4 et x2=−2−2+6=−2.
Comme a=−1<0, le trinôme est positif entre les racines : S=]−2;4[.
Exemple :x2+x+3>0.
Δ=1−12=−11<0 et a=1>0 : le trinôme est strictement positif pour tout x, S=R.
6. Factoriser malin : choisir la bonne stratégie
Situation
Stratégie
Exemple
b=0
différence de deux carrés
x2−9=(x−3)(x+3) ; x2−5=(x−5)(x+5) ; x2+4 ne se factorise pas
c=0
facteur commun x
3x2−6x=3x(x−2), racines 0 et 2
carré parfait
identité remarquable
x2−6x+9=(x−3)2 ; 4x2+12x+9=(2x+3)2
a+b+c=0
1 est racine, l'autre vaut ac
3x2−7x+4=(x−1)(3x−4)
a−b+c=0
−1 est racine, l'autre vaut −ac
2x2+5x+3=(x+1)(2x+3)
racines entières
somme −ab et produit ac de tête
x2−7x+12=(x−3)(x−4)
sinon
discriminant
2x2−5x−3=(2x+1)(x−3)
Pour 3x2−7x+4 : comme 3−7+4=0, le nombre 1 est racine ; le produit des racines vaut 34, donc l'autre racine est 34, et 3(x−1)(x−34)=(x−1)(3x−4).
7. Choisir la forme adaptée
Question
Forme à utiliser
Ce qu'on lit directement
Valeur de f(0), calcul de Δ
développée ax2+bx+c
f(0)=c, les coefficients
Sommet, extremum, variations, axe de symétrie
canonique a(x−α)2+β
S(α;β)
Racines, signe, équation f(x)=0, inéquation
factorisée a(x−x1)(x−x2)
x1, x2, le tableau de signes
Face à un problème, la première question à se poser est donc : « de quelle forme ai-je besoin ? », puis « comment l'obtenir à partir de celle que j'ai ? ».
8. Exemple résolu pas à pas
Énoncé. Un jardinier dispose de 40 m de grillage pour clôturer un enclos rectangulaire adossé à un mur : le mur forme un côté, le grillage forme les trois autres. On note x la longueur, en mètres, de chacun des deux côtés perpendiculaires au mur.
Montrer que l'aire de l'enclos est A(x)=−2x2+40x et préciser les valeurs possibles de x.
Pour quelle valeur de x l'aire est-elle maximale ? Quelle est cette aire ?
Pour quelles valeurs de x l'aire est-elle supérieure ou égale à 150 m² ?
Résolution.
1. Les deux côtés perpendiculaires au mur consomment 2x m de grillage, il reste 40−2x m pour le côté parallèle au mur.
L'aire vaut A(x)=x(40−2x)=−2x2+40x.
Il faut x>0 et 40−2x>0, soit 0<x<20.
2. On cherche un maximum : forme canonique.
Avec a=−2 et b=40, α=−2×(−2)40=10 et β=A(10)=−200+400=200.
Donc A(x)=−2(x−10)2+200.
Comme a<0, l'aire est maximale pour x=10 et vaut 200 m² : l'enclos mesure 10 m sur 20 m.
3. On cherche un signe : forme factorisée.
A(x)⩾150 équivaut à −2x2+40x−150⩾0, soit, en divisant par −2 (ce qui change le sens de l'inégalité), x2−20x+75⩽0.
Δ=400−300=100, racines 220−10=5 et 220+10=15.
Le trinôme x2−20x+75 (a=1>0) est négatif entre ses racines : l'aire dépasse 150 m² pour x∈[5;15].
📌 À retenir
f(x)=ax2+bx+c avec a=0 ; courbe = parabole, tournée vers le haut si a>0, vers le bas si a<0.
Forme canoniquea(x−α)2+β avec α=−2ab et β=f(α) : sommet, extremum, variations.
Complétion du carré : x2+2ax=(x+a)2−a2.
DiscriminantΔ=b2−4ac : deux racines 2a−b±Δ si Δ>0, une si Δ=0, aucune si Δ<0.
Forme factoriséea(x−x1)(x−x2) : racines et signe.
Somme des racines −ab, produit ac.
Signe : celui de a à l'extérieur des racines, l'opposé entre les racines ; celui de a partout si Δ<0.
Avant le discriminant, chercher une factorisation rapide : b=0, c=0, identité remarquable, racine évidente, somme et produit.
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