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Probabilités conditionnelles et indépendance

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Probabilités conditionnelles et indépendance

Un test de dépistage est positif : quelle est la probabilité d'être vraiment malade ? Une pièce est défectueuse : de quelle machine vient-elle probablement ? Ces questions demandent de réviser une probabilité à la lumière d'une information. C'est l'objet des probabilités conditionnelles, vues en seconde avec les arbres et les tableaux, et que ce chapitre approfondit avec trois outils nouveaux : la formule des probabilités totales, la notion d'indépendance, et la répétition d'épreuves identiques.

Tout au long du chapitre, l'univers Ω\Omega est fini, et l'on distingue soigneusement le modèle probabiliste de la situation réelle qu'il décrit.

1. Rappels : probabilité conditionnelle

1.1 Définition

Soient AA et BB deux évènements avec P(A)0P(A) \neq 0. La probabilité de BB sachant AA est

PA(B)=P(AB)P(A)\boxed{P_A(B) = \frac{P(A \cap B)}{P(A)}}

C'est la probabilité de BB lorsqu'on sait que AA est réalisé : on restreint l'univers à AA. En multipliant, on obtient la formule très utile

P(AB)=P(A)×PA(B)\boxed{P(A \cap B) = P(A) \times P_A(B)}

1.2 Lecture dans un tableau croisé

Dans un lycée de 200200 élèves, on compte 120120 filles et 8080 garçons ; 9090 filles et 5050 garçons pratiquent un sport. On choisit un élève au hasard ; FF : « c'est une fille », SS : « il pratique un sport ».

SportPas de sportTotal
Filles90903030120120
Garçons505030308080
Total1401406060200200
  • P(FS)=90200=0,45P(F \cap S) = \dfrac{90}{200} = 0{,}45 : probabilité d'être une fille et sportive (une case sur le total général).
  • PF(S)=90120=0,75P_F(S) = \dfrac{90}{120} = 0{,}75 : parmi les filles, la proportion de sportives (une case sur le total de sa ligne).
  • PS(F)=90140=9140,64P_S(F) = \dfrac{90}{140} = \dfrac{9}{14} \approx 0{,}64 : parmi les sportifs, la proportion de filles (la même case sur le total de sa colonne).

⚠️ Trois nombres différents pour une même case : P(AB)P(A \cap B), PA(B)P_A(B) et PB(A)P_B(A). Ce qui change, c'est le dénominateur : l'ensemble dans lequel on se place.

Tableau croisé : trois probabilités pour une case

1.3 Arbres pondérés

Un arbre pondéré représente une expérience en plusieurs étapes. Sur les branches du premier niveau, on écrit les probabilités P(A)P(A) ; sur celles du second, les probabilités conditionnelles PA(B)P_A(B).

Règles de lecture :

  1. La somme des probabilités des branches issues d'un même nœud vaut 11.
  2. La probabilité d'un chemin est le produit des probabilités de ses branches : P(AB)=P(A)×PA(B)P(A \cap B) = P(A) \times P_A(B).
  3. La probabilité d'un évènement est la somme des probabilités des chemins qui y mènent.

Exemple : une urne contient 33 boules rouges et 22 vertes. On tire deux boules successivement sans remise. Premier niveau : P(R1)=35P(R_1) = \dfrac{3}{5}, P(V1)=25P(V_1) = \dfrac{2}{5}. Second niveau, sachant R1R_1 : il reste 22 rouges et 22 vertes sur 44, donc PR1(R2)=24P_{R_1}(R_2) = \dfrac{2}{4} et PR1(V2)=24P_{R_1}(V_2) = \dfrac{2}{4} ; sachant V1V_1 : PV1(R2)=34P_{V_1}(R_2) = \dfrac{3}{4} et PV1(V2)=14P_{V_1}(V_2) = \dfrac{1}{4}.

CheminProbabilité
R1R2R_1 \cap R_235×24=310\dfrac{3}{5} \times \dfrac{2}{4} = \dfrac{3}{10}
R1V2R_1 \cap V_235×24=310\dfrac{3}{5} \times \dfrac{2}{4} = \dfrac{3}{10}
V1R2V_1 \cap R_225×34=310\dfrac{2}{5} \times \dfrac{3}{4} = \dfrac{3}{10}
V1V2V_1 \cap V_225×14=110\dfrac{2}{5} \times \dfrac{1}{4} = \dfrac{1}{10}

La somme fait bien 11. La probabilité d'obtenir deux couleurs différentes est 310+310=35\dfrac{3}{10} + \dfrac{3}{10} = \dfrac{3}{5}.

Arbre pondéré et règles de calcul

2. Partition de l'univers et formule des probabilités totales

2.1 Partition

Des évènements A1,A2,,AnA_1, A_2, \ldots, A_n forment une partition de l'univers (on dit aussi un système complet d'évènements) s'ils sont deux à deux incompatibles et si leur réunion est Ω\Omega tout entier : chaque issue appartient à un et un seul des AiA_i.

Le cas le plus courant : AA et son contraire Aˉ\bar{A}. Les branches du premier niveau d'un arbre forment toujours une partition.

2.2 Formule des probabilités totales

Si A1,,AnA_1, \ldots, A_n est une partition de Ω\Omega (avec des probabilités non nulles), alors pour tout évènement BB :

P(B)=P(A1B)+P(A2B)++P(AnB)=P(A1)PA1(B)++P(An)PAn(B)\boxed{P(B) = P(A_1 \cap B) + P(A_2 \cap B) + \cdots + P(A_n \cap B) = P(A_1)P_{A_1}(B) + \cdots + P(A_n)P_{A_n}(B)}

Avec deux évènements : P(B)=P(A)PA(B)+P(Aˉ)PAˉ(B)P(B) = P(A)P_A(B) + P(\bar{A})P_{\bar{A}}(B). Sur un arbre, c'est la règle 3 : on additionne tous les chemins qui aboutissent à BB.

Exemple : une usine produit des pièces avec deux machines. M1M_1 fabrique 60%60\,\% des pièces, dont 2%2\,\% sont défectueuses ; M2M_2 fabrique les 40%40\,\% restants, dont 5%5\,\% sont défectueuses. On prélève une pièce au hasard ; DD : « la pièce est défectueuse ».

P(D)=P(M1)PM1(D)+P(M2)PM2(D)=0,6×0,02+0,4×0,05=0,012+0,020=0,032P(D) = P(M_1)P_{M_1}(D) + P(M_2)P_{M_2}(D) = 0{,}6 \times 0{,}02 + 0{,}4 \times 0{,}05 = 0{,}012 + 0{,}020 = 0{,}032

Formule des probabilités totales sur l'arbre

2.3 « Remonter » l'arbre

On peut ensuite calculer une probabilité conditionnelle dans l'autre sens : la pièce est défectueuse, quelle est la probabilité qu'elle vienne de M2M_2 ?

PD(M2)=P(M2D)P(D)=0,0200,032=0,625P_D(M_2) = \frac{P(M_2 \cap D)}{P(D)} = \frac{0{,}020}{0{,}032} = 0{,}625

Bien que M2M_2 ne produise que 40%40\,\% des pièces, elle est responsable de 62,5%62{,}5\,\% des pièces défectueuses. Cette inversion est la clé de l'exemple résolu de la partie 7.

3. Indépendance de deux évènements

3.1 Définition

Deux évènements AA et BB sont indépendants lorsque

P(AB)=P(A)×P(B)\boxed{P(A \cap B) = P(A) \times P(B)}

Si P(A)0P(A) \neq 0, cela équivaut à PA(B)=P(B)P_A(B) = P(B) : savoir que AA est réalisé ne change pas la probabilité de BB. De même PB(A)=P(A)P_B(A) = P(A) si P(B)0P(B) \neq 0.

Indépendance de deux événements

3.2 Vérifier ou utiliser l'indépendance

Exemple : on lance un dé équilibré. AA : « le résultat est pair », BB : « le résultat est inférieur ou égal à 44 », CC : « le résultat est inférieur ou égal à 33 ».

  • P(A)=12P(A) = \dfrac{1}{2}, P(B)=46=23P(B) = \dfrac{4}{6} = \dfrac{2}{3}, AB={2;4}A \cap B = \{2\,;\,4\} donc P(AB)=26=13P(A \cap B) = \dfrac{2}{6} = \dfrac{1}{3}. Or P(A)P(B)=12×23=13P(A)P(B) = \dfrac{1}{2} \times \dfrac{2}{3} = \dfrac{1}{3} : AA et BB sont indépendants.
  • P(C)=12P(C) = \dfrac{1}{2}, AC={2}A \cap C = \{2\} donc P(AC)=16P(A \cap C) = \dfrac{1}{6}, alors que P(A)P(C)=14P(A)P(C) = \dfrac{1}{4} : AA et CC ne sont pas indépendants.

Dans l'autre sens, si l'énoncé affirme que deux évènements sont indépendants (deux lancers, deux composants qui tombent en panne sans lien), on utilise directement P(AB)=P(A)P(B)P(A \cap B) = P(A)P(B). L'indépendance est alors une hypothèse du modèle, issue de l'analyse de la situation.

3.3 Deux remarques importantes

Indépendants n'est pas incompatibles. Deux évènements incompatibles de probabilités non nulles ne sont jamais indépendants : P(AB)=0P(A)P(B)P(A \cap B) = 0 \neq P(A)P(B). Savoir que AA est réalisé rend BB impossible, ce qui est le contraire de l'indépendance.

Indépendance et contraire. Si AA et BB sont indépendants, alors AA et Bˉ\bar{B} le sont aussi. Démonstration : P(ABˉ)=P(A)P(AB)=P(A)P(A)P(B)=P(A)(1P(B))=P(A)P(Bˉ)P(A \cap \bar{B}) = P(A) - P(A \cap B) = P(A) - P(A)P(B) = P(A)\big(1 - P(B)\big) = P(A)P(\bar{B}).

4. Succession de deux épreuves indépendantes

Lorsqu'on enchaîne deux expériences aléatoires sans influence l'une sur l'autre (lancer une pièce puis un dé, tirer deux boules avec remise), les évènements relatifs à la première et à la seconde sont indépendants : la probabilité d'un couple de résultats est le produit des probabilités.

On représente la succession par un arbre, dont les branches du second niveau portent les mêmes probabilités quel que soit le premier résultat, ou par un tableau à double entrée.

Exemple : pièce puis dé. P(pile6)=12×16=112P(\text{pile} \cap 6) = \dfrac{1}{2} \times \dfrac{1}{6} = \dfrac{1}{12}.

Exemple : urne de 33 rouges et 22 vertes, deux tirages avec remise. P(R1R2)=35×35=925P(R_1 \cap R_2) = \dfrac{3}{5} \times \dfrac{3}{5} = \dfrac{9}{25} et P(couleurs diffeˊrentes)=2×35×25=1225=0,48P(\text{couleurs différentes}) = 2 \times \dfrac{3}{5} \times \dfrac{2}{5} = \dfrac{12}{25} = 0{,}48, contre 0,60{,}6 sans remise : la remise change le modèle.

5. Répétition d'épreuves de Bernoulli (n4n \leqslant 4)

5.1 Épreuve de Bernoulli

Une épreuve de Bernoulli est une expérience à deux issues : le succès SS, de probabilité pp, et l'échec Sˉ\bar{S}, de probabilité 1p1 - p. Lancer une pièce, tirer une boule rouge ou non, réussir ou rater un panier.

5.2 Répétition

On répète nn fois la même épreuve de façon identique (même pp) et indépendante. L'arbre a 2n2^n chemins, et la probabilité d'un chemin comportant kk succès et nkn - k échecs est pk(1p)nkp^k (1 - p)^{n-k}, quel que soit l'ordre.

Pour calculer la probabilité d'obtenir exactement kk succès, on compte les chemins qui contiennent kk succès :

nnnombre de chemins avec 0,1,,n0, 1, \ldots, n succès
2211, 22, 11
3311, 33, 33, 11
4411, 44, 66, 44, 11

P(exactement k succeˋs)=(nombre de chemins avec k succeˋs)×pk(1p)nkP(\text{exactement } k \text{ succès}) = (\text{nombre de chemins avec } k \text{ succès}) \times p^k (1 - p)^{n-k}

Exemple : un basketteur réussit ses lancers francs avec la probabilité 0,70{,}7 ; il en tire 33.

  • P(3 succeˋs)=0,73=0,343P(3 \text{ succès}) = 0{,}7^3 = 0{,}343.
  • P(exactement 2)=3×0,72×0,3=0,441P(\text{exactement } 2) = 3 \times 0{,}7^2 \times 0{,}3 = 0{,}441 (trois chemins : SSSˉSS\bar{S}, SSˉSS\bar{S}S, SˉSS\bar{S}SS).
  • P(au moins 1)=1P(aucun)=10,33=10,027=0,973P(\text{au moins } 1) = 1 - P(\text{aucun}) = 1 - 0{,}3^3 = 1 - 0{,}027 = 0{,}973.

🎯 Réflexe : « au moins un succès » se calcule presque toujours par le contraire, « aucun succès », de probabilité (1p)n(1 - p)^n.

Répétition de deux épreuves de Bernoulli et loi du nombre de succès

6. Algorithme : la méthode de Monte-Carlo

On peut estimer une probabilité, ou une aire, en simulant un grand nombre de tirages au hasard et en comptant la fréquence des tirages favorables.

Estimer π\pi. On tire des points au hasard dans le carré [0;1]×[0;1][0\,;\,1] \times [0\,;\,1]. La proportion de points situés dans le quart de disque de rayon 11 (x2+y21x^2 + y^2 \leqslant 1) est proche de son aire, π4\dfrac{\pi}{4}.

from random import random

def estime_pi(n):
    dedans = 0
    for k in range(n):
        x, y = random(), random()
        if x * x + y * y <= 1:
            dedans = dedans + 1
    return 4 * dedans / n

# estime_pi(100000) donne environ 3,14

Estimer l'aire sous la parabole y=x2y = x^2 sur [0;1][0\,;\,1] : on compte les points tels que y<x2y < x^2. La proportion est proche de 13\dfrac{1}{3}, valeur exacte de cette aire.

def aire_parabole(n):
    dessous = 0
    for k in range(n):
        x, y = random(), random()
        if y < x * x:
            dessous = dessous + 1
    return dessous / n

# aire_parabole(100000) donne environ 0,33

Plus nn est grand, plus l'estimation est précise en général, mais elle reste aléatoire : deux exécutions donnent deux valeurs différentes.

7. Exemple résolu pas à pas

Énoncé. Une maladie touche 1%1\,\% d'une population. Un test de dépistage est positif chez 99%99\,\% des malades et négatif chez 95%95\,\% des personnes saines. On teste une personne au hasard ; MM : « elle est malade », TT : « le test est positif ».

  1. Représenter la situation par un arbre pondéré.
  2. Calculer P(T)P(T).
  3. Le test est positif. Quelle est la probabilité que la personne soit malade ? Commenter.

Résolution.

1. Premier niveau : P(M)=0,01P(M) = 0{,}01, P(Mˉ)=0,99P(\bar{M}) = 0{,}99. Second niveau : PM(T)=0,99P_M(T) = 0{,}99, PM(Tˉ)=0,01P_M(\bar{T}) = 0{,}01 ; PMˉ(T)=0,05P_{\bar{M}}(T) = 0{,}05 (les 5%5\,\% de « faux positifs »), PMˉ(Tˉ)=0,95P_{\bar{M}}(\bar{T}) = 0{,}95.

2. MM et Mˉ\bar{M} forment une partition : formule des probabilités totales.

P(T)=P(M)PM(T)+P(Mˉ)PMˉ(T)=0,01×0,99+0,99×0,05=0,0099+0,0495=0,0594P(T) = P(M)P_M(T) + P(\bar{M})P_{\bar{M}}(T) = 0{,}01 \times 0{,}99 + 0{,}99 \times 0{,}05 = 0{,}0099 + 0{,}0495 = 0{,}0594

3. On cherche PT(M)P_T(M), la probabilité « à l'envers » de l'arbre :

PT(M)=P(MT)P(T)=0,00990,0594=160,17P_T(M) = \frac{P(M \cap T)}{P(T)} = \frac{0{,}0099}{0{,}0594} = \frac{1}{6} \approx 0{,}17

Malgré un test très fiable, une personne testée positive n'a qu'environ une chance sur six d'être réellement malade ! Explication : la maladie est rare, donc les faux positifs parmi les nombreuses personnes saines (0,04950{,}0495) sont cinq fois plus nombreux que les vrais positifs (0,00990{,}0099). C'est pourquoi un test positif est en pratique confirmé par un second examen.

📌 À retenir

  1. PA(B)=P(AB)P(A)P_A(B) = \dfrac{P(A \cap B)}{P(A)} et P(AB)=P(A)×PA(B)P(A \cap B) = P(A) \times P_A(B). Dans un tableau : une case divisée par le total de sa ligne (ou de sa colonne).
  2. Arbre : somme 11 à chaque nœud, produit le long d'un chemin, somme des chemins pour un évènement.
  3. Probabilités totales : pour une partition A1,,AnA_1, \ldots, A_n, P(B)=P(Ai)PAi(B)P(B) = \sum P(A_i) P_{A_i}(B). Pour « remonter » : PB(Ai)=P(AiB)P(B)P_B(A_i) = \dfrac{P(A_i \cap B)}{P(B)}.
  4. Indépendance : P(AB)=P(A)P(B)P(A \cap B) = P(A)P(B), c'est-à-dire PA(B)=P(B)P_A(B) = P(B). À vérifier par le calcul, ou à utiliser comme hypothèse du modèle. Incompatible \neq indépendant.
  5. Épreuves de Bernoulli répétées (n4n \leqslant 4) : chemin avec kk succès de probabilité pk(1p)nkp^k(1 - p)^{n-k}, multiplié par le nombre de chemins (1,3,3,11, 3, 3, 1 pour n=3n = 3 ; 1,4,6,4,11, 4, 6, 4, 1 pour n=4n = 4). « Au moins un » =1(1p)n= 1 - (1 - p)^n.
  6. Monte-Carlo : estimer une probabilité ou une aire par la fréquence sur un grand nombre de simulations.

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