Cours
Savoir-faire quantitatifs et graphiques
Les sciences économiques et sociales raisonnent avec des données : un taux de chômage, une part de bacheliers, l'évolution du PIB, la répartition des revenus. Savoir calculer, lire et interpréter ces données est une compétence évaluée dans toutes les épreuves : « faire une phrase avec la donnée », « calculer le taux de variation », « lire le tableau ». Ce chapitre rassemble les outils du programme de première : proportions et pourcentages de répartition, taux de variation, coefficient multiplicateur et indices, moyennes, médiane, valeurs nominales et réelles, tableaux à double entrée, graphiques. Chaque outil est présenté avec sa formule, un exemple et la phrase type qui l'exprime.
1. Proportions et pourcentages de répartition
1.1 La proportion
Une proportion (ou part) mesure le poids d'une partie dans un ensemble :
Exemple : en , la France compte millions d'actifs dont millions de chômeurs : . Phrase : « En , en France, des actifs sont au chômage, selon l'Insee. »
La phrase de lecture indique toujours : le lieu, la date, la source, la population de référence (le dénominateur) et l'unité.
1.2 Le pourcentage de répartition
Quand on ventile un ensemble en catégories, les parts s'additionnent à : c'est un pourcentage de répartition. Exemple : répartition des actifs occupés par PCS en : cadres , professions intermédiaires , employés , ouvriers , indépendants ; total . Attention : « des actifs occupés sont cadres », et non « des cadres ».
Un point de pourcentage est l'écart entre deux pourcentages : si le chômage passe de à , il augmente de point, ce qui représente une hausse de du nombre de chômeurs (). Ne pas confondre points et pourcentages.
2. Mesurer une évolution
2.1 Le taux de variation
Exemple : PIB de la France milliards en , en (en euros courants) : . Phrase : « Entre et , le PIB de la France a augmenté de . » Un taux négatif signifie une baisse.
2.2 Le coefficient multiplicateur
: le PIB a été multiplié par . Passer de l'un à l'autre : taux ; un CM de correspond à , un CM de à .
2.3 Le taux de variation cumulé
Pour enchaîner plusieurs évolutions, on multiplie les coefficients multiplicateurs, on n'additionne jamais les taux. Une hausse de puis de : , soit (et non ). Une hausse de suivie d'une baisse de : , soit . Sur années à taux constant : ; par an pendant ans donne , soit .
2.4 L'indice simple
Un indice exprime une série par rapport à une valeur de référence fixée à :
Base en : PIB . Lecture : « le PIB a augmenté de entre et » ; l'indice − donne directement le taux de variation depuis la base. Les indices servent à comparer des séries d'unités différentes (prix, salaires, production) sur un même graphique. Attention : un indice ne donne pas le niveau ( n'est pas un montant) et deux indices ne se comparent qu'à même base.
3. Moyennes et médiane
3.1 Moyenne simple et moyenne pondérée
La moyenne arithmétique simple est la somme des valeurs divisée par leur nombre. La moyenne pondérée affecte à chaque valeur un poids (effectif, coefficient) :
Exemple : salaire moyen d'une entreprise de ouvriers à €, techniciens à € et cadre à € : €. La moyenne simple des trois salaires ( €) serait fausse : il faut pondérer par les effectifs.
3.2 La médiane
La médiane partage une population ordonnée en deux moitiés : ont une valeur inférieure, supérieure. Dans l'exemple, le salaire médian est € (le salarié sur est un ouvrier). La médiane est insensible aux valeurs extrêmes, contrairement à la moyenne : le salaire du cadre tire la moyenne vers le haut. En France en , le salaire net mensuel moyen à temps plein est de € et le salaire médian de € : moyenne > médiane signale une distribution étirée vers le haut (quelques très hauts salaires). L'Insee mesure la pauvreté monétaire par rapport à la médiane (seuil à du niveau de vie médian).
3.3 Les indices synthétiques
Un indice synthétique résume plusieurs dimensions en un seul nombre : l'indice des prix à la consommation agrège les prix de milliers de produits pondérés par leur poids dans la consommation ; l'IDH (indice de développement humain) combine revenu, espérance de vie et éducation, entre et . On les lit comme des indices (évolution, comparaison) en gardant à l'esprit qu'ils dépendent des pondérations choisies.
4. Valeur nominale et valeur réelle
Une grandeur en valeur nominale (ou en euros courants) est mesurée aux prix de l'année ; en valeur réelle (euros constants), elle est corrigée de l'inflation pour mesurer le pouvoir d'achat ou le volume.
Approximation pour des taux faibles : taux de croissance réel ≈ taux nominal − taux d'inflation. Un salaire qui augmente de avec d'inflation baisse en termes réels d'environ ; calcul exact : , soit .
Application au taux d'intérêt : le taux d'intérêt réel ≈ taux nominal − inflation. Un livret à avec d'inflation rapporte un taux réel de : l'épargnant perd du pouvoir d'achat ; un emprunteur à voit sa dette allégée par l'inflation. C'est pourquoi les banques centrales et les épargnants raisonnent en termes réels.
5. Lire un tableau à double entrée
Un tableau à double entrée croise deux variables (par exemple PCS et type de bac). Avant toute lecture, repérer : le titre, la source, l'unité, le sens des pourcentages (en ligne, en colonne ou par rapport au total). La ligne ou la colonne où les valeurs somment à indique la population de référence.
Exemple (répartition en ligne, en %) :
| Bac obtenu selon la PCS du père | général | technologique | professionnel | sans bac | total |
|---|---|---|---|---|---|
| cadres | 74 | 12 | 6 | 8 | 100 |
| ouvriers | 27 | 19 | 29 | 25 | 100 |
Lecture : « des enfants de cadres ont obtenu un bac général » (et non « des bacheliers généraux sont enfants de cadres », ce qui exigerait des pourcentages en colonne). Comparaison : écart de points ; les enfants de cadres ont fois plus souvent un bac général.
6. Représentations graphiques
| Graphique | Usage | Lecture |
|---|---|---|
| diagramme de répartition (circulaire, barres empilées) | structure d'un ensemble à une date (parts qui somment à 100) | comparer les parts ; attention aux angles et aux effets visuels |
| série chronologique (courbe) | évolution d'une grandeur dans le temps | tendance, ruptures, rythme (pente) ; vérifier l'échelle (linéaire ou logarithmique, base d'indice) |
| histogramme, barres | comparer des catégories ou des classes | hauteur des barres ; ordonnée qui ne commence pas à zéro exagère les écarts |
| courbes d'offre et de demande | fonctions simples sur un marché | pente : sensibilité de la quantité au prix ; déplacement de courbe : changement d'un autre facteur |
| courbe de coût | coût total ou marginal en fonction de la quantité | pente croissante : coût marginal croissant |
Pour les fonctions du marché : la pente de la demande est négative (quantité qui baisse quand le prix monte), celle de l'offre positive ; une droite plus plate signifie une réaction plus forte au prix. Un déplacement le long de la courbe traduit une variation du prix ; un déplacement de la courbe traduit une variation d'un autre facteur (revenu, coûts, goûts, taxe). Le point d'intersection est l'équilibre ; une taxe par unité déplace l'offre vers le haut du montant de la taxe.
7. Exemple résolu pas à pas
Énoncé. Document : salaire net moyen mensuel en France, € en et € en ; indice des prix base en : en . Répartition des salariés par PCS en : cadres (salaire moyen €), professions intermédiaires ( €), employés ( €), ouvriers ( €). a) Calculer le taux de variation du salaire nominal et le coefficient multiplicateur. b) Calculer l'indice du salaire nominal base en puis l'indice du salaire réel. c) Conclure sur le pouvoir d'achat. d) Vérifier le salaire moyen de par une moyenne pondérée. e) Sachant que le salaire médian est de €, commenter.
Résolution.
a) ; CM .
b) Indice nominal : . Indice réel : .
c) Le salaire réel a augmenté d'environ en dix ans : la hausse nominale de a été presque entièrement absorbée par l'inflation de ; approximation , proche du calcul exact.
d) € : proche de (les arrondis et les catégories omises expliquent l'écart).
e) La médiane ( €) est inférieure à la moyenne ( €) : la moitié des salariés gagnent moins de €, la moyenne est tirée vers le haut par les hauts salaires ; la médiane décrit mieux le salarié « typique ».
🎯 Rédiger. Toujours : la formule en lettres, le calcul, le résultat avec son unité, puis la phrase de lecture (lieu, date, source, population, unité). Distinguer point et pourcentage, nominal et réel, moyenne et médiane, taux et coefficient.
📌 À retenir
- Proportion = partie / ensemble × 100 ; pourcentage de répartition (somme = 100) ; écart en points.
- Taux de variation = (arrivée − départ) / départ × 100 ; coefficient multiplicateur = arrivée / départ ; évolutions successives : multiplier les CM ; indice = valeur / base × 100.
- Moyenne pondérée par les effectifs ; médiane = valeur qui partage en deux, insensible aux extrêmes ; indices synthétiques (prix, IDH).
- Réel = nominal corrigé des prix ; taux réel ≈ nominal − inflation (taux d'intérêt réel).
- Tableau à double entrée : repérer le sens des pourcentages avant de lire ; graphiques : répartition, série chronologique, courbes d'offre, de demande et de coût (pente, déplacement).
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