Cours
Suites numériques
Une suite numérique est une liste infinie de nombres, rangés dans un ordre précis : un premier terme, un deuxième, un troisième… Les suites servent à décrire tout ce qui évolue par étapes : un capital placé qui grossit chaque année, une population comptée chaque mois, le nombre d'allumettes d'une figure qu'on agrandit d'un cran à chaque fois.
Ce chapitre installe le vocabulaire et les deux familles de suites les plus utiles, les suites arithmétiques et les suites géométriques. Elles reviendront toute l'année, notamment avec la fonction exponentielle.
1. Qu'est-ce qu'une suite ?
1.1 Définition et notations
Une suite est une fonction définie sur (ou à partir d'un certain entier) : à chaque entier naturel , elle associe un nombre réel noté ou, le plus souvent, .
- est le terme de rang (ou d'indice ).
- est le premier terme (parfois la suite commence à ).
- La suite elle-même se note ou .
⚠️ Attention à la différence : désigne toute la suite (la liste complète), alors que désigne un seul nombre, le terme de rang .
Exemple : la suite des nombres impairs peut se noter avec , , … Le terme de rang est .
1.2 Les modes de génération d'une suite
Il existe plusieurs façons de définir une suite.
a) Par une formule explicite
Chaque terme se calcule directement à partir de son rang.
Exemple : . Alors , , et directement .
b) Par une relation de récurrence
On donne le premier terme et une règle pour passer d'un terme au suivant.
Exemple : et, pour tout , .
Pour connaître , il faut calculer tous les termes précédents (ou utiliser un algorithme, voir la partie 6).
c) Par un algorithme
Un programme calcule les termes un à un. C'est le mode naturel pour une relation de récurrence.
d) Par un motif géométrique ou un dénombrement
compte des objets dans une figure qui dépend de .
Exemple : on construit une frise de carrés avec des allumettes. Un carré demande allumettes, chaque carré supplémentaire accolé en demande de plus. Le nombre d'allumettes pour carrés est .
🎯 En résumé : une formule explicite donne n'importe quel terme d'un coup ; une relation de récurrence oblige à avancer pas à pas. Savoir passer de l'une à l'autre est un objectif du chapitre.
1.3 Représentation graphique
Une suite se représente par un nuage de points de coordonnées . On ne relie pas les points : la suite n'est définie que pour des entiers.
2. Sens de variation d'une suite
2.1 Définitions
Soit une suite.
- est croissante si, pour tout : .
- est décroissante si, pour tout : .
- est constante si, pour tout : .
Avec des inégalités strictes, on parle de suite strictement croissante ou décroissante. Une suite croissante ou décroissante est dite monotone.
Une suite peut aussi n'être ni croissante ni décroissante, comme qui vaut alternativement et .
2.2 Trois méthodes pour étudier les variations
Méthode 1 — Étudier le signe de
C'est la méthode générale.
- Si pour tout , la suite est croissante.
- Si pour tout , la suite est décroissante.
Exemple : .
dès que : la suite est croissante à partir du rang . Vérification : , , , , .
Méthode 2 — Comparer à (termes strictement positifs)
Si tous les termes sont strictement positifs : pour tout signifie que la suite est croissante ; qu'elle est décroissante. Cette méthode est adaptée aux suites définies avec des puissances.
Méthode 3 — Utiliser la fonction quand
Si est croissante sur , alors est croissante. Même chose pour décroissante.
Exemple : est croissante car la fonction racine carrée est croissante sur .
⚠️ Attention : la méthode 3 ne marche que dans le sens « monotone donc monotone ». Une suite peut être monotone alors que ne l'est pas, par exemple si oscille entre deux entiers consécutifs.
3. Suites arithmétiques
3.1 Définition
Une suite est arithmétique lorsqu'on passe d'un terme au suivant en ajoutant toujours le même nombre , appelé la raison :
Exemple : et : la suite est arithmétique de raison .
Reconnaître une suite arithmétique : on vérifie que la différence est constante (ne dépend pas de ).
3.2 Terme général
Pour une suite arithmétique de premier terme et de raison :
Plus généralement, pour deux rangs et quelconques : .
Démonstration. Pour passer de à , on ajoute à chaque étape, et il y a étapes : , , … donc . On peut aussi additionner les égalités pour allant de à : les termes intermédiaires se simplifient et il reste .
Exemple : avec et , , donc .
3.3 Lien avec les fonctions affines et variations
est de la forme avec affine : les points sont alignés sur une droite de coefficient directeur .
Le sens de variation se lit sur le signe de la raison :
| Raison | Variation |
|---|---|
| strictement croissante | |
| strictement décroissante | |
| constante |
Une suite arithmétique modélise une évolution à accroissement constant : un abonnement qui coûte € de plus chaque mois, une plante qui grandit de cm par semaine.
3.4 Somme des premiers entiers et somme de termes consécutifs
Démonstration. Notons . Écrivons la même somme à l'envers et additionnons terme à terme :
Donc . Par exemple .
Pour une suite arithmétique quelconque, la somme de termes consécutifs s'obtient avec la formule :
En particulier .
Exemple : pour , la somme contient termes, de à : elle vaut .
4. Suites géométriques
4.1 Définition
Une suite est géométrique lorsqu'on passe d'un terme au suivant en multipliant toujours par le même nombre , appelé la raison :
Exemple : et : la suite est géométrique de raison .
Reconnaître une suite géométrique : si les termes sont non nuls, on vérifie que le quotient est constant.
4.2 Terme général
Pour une suite géométrique de premier terme et de raison :
Plus généralement : .
Démonstration. On multiplie par à chaque étape, et il y a étapes de à : , , … , .
Exemple : avec et , , donc .
4.3 Variations (cas )
| Raison | Variation |
|---|---|
| strictement croissante | |
| strictement décroissante | |
| constante | |
| ni croissante ni décroissante (les signes alternent) |
Si , les sens de variation sont inversés pour et .
4.4 Évolution à taux constant
C'est le cas d'usage des suites géométriques. Une grandeur qui augmente de à chaque étape est multipliée par ; une grandeur qui diminue de est multipliée par .
Exemple : un capital de € placé à par an. Chaque année, il est multiplié par . Le capital après années est : suite géométrique de raison .
Exemple : une population diminue de par an : , suite géométrique de raison .
Au chapitre sur la fonction exponentielle, on retrouvera ces suites géométriques comme la version « à temps discret » d'une croissance exponentielle.
4.5 Somme
Pour :
Démonstration. Notons . Alors . En soustrayant, presque tout se simplifie :
et comme , .
Pour une suite géométrique : .
Exemple : .
5. Vers la notion de limite
Quand devient très grand, que deviennent les termes ? Quelques comportements typiques :
| Suite | Premiers termes | Comportement quand grandit |
|---|---|---|
| () | se rapproche de : la suite tend vers | |
| dépasse n'importe quel nombre : tend vers | ||
| tend vers | ||
| tend vers | ||
| pas de limite |
En première, on ne donne pas de définition formelle de la limite. On conjecture le comportement à partir de calculs numériques, d'un graphique ou d'un algorithme de seuil, qui cherche le premier rang à partir duquel la suite dépasse une valeur donnée.
6. Algorithmes et Python
Les listes Python sont l'outil naturel pour manipuler une suite.
Calculer un terme d'une suite définie par récurrence (, ) :
def terme(n):
u = 3
for k in range(n):
u = 2 * u - 1
return uCalculer une somme de termes () :
def somme(n):
s = 0
for k in range(1, n + 1):
s = s + k
return sChercher un seuil : premier rang tel que dépasse :
def seuil():
n = 0
c = 1000
while c < 1200:
c = c * 1.02
n = n + 1
return nConstruire la liste des premiers termes de la suite de Fibonacci (, , ) :
fib = [1, 1]
for k in range(8):
fib.append(fib[-1] + fib[-2])
# fib vaut [1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21, 34, 55]7. Exemple résolu pas à pas
Énoncé. On place € sur un compte rémunéré à par an. On note le capital, en euros, après années.
- Justifier que est géométrique et donner sa raison.
- Exprimer en fonction de , puis calculer le capital après ans.
- Au bout de combien d'années le capital dépasse-t-il € ?
Résolution.
1. Augmenter de , c'est multiplier par . Donc : la suite est géométrique de raison et de premier terme .
2. . Après ans : €. Les intérêts « s'ajoutent aux intérêts » : on gagne plus que €.
3. On cherche le plus petit tel que , c'est-à-dire . À la calculatrice ou avec l'algorithme de seuil : et . Le capital dépasse € au bout de ans.
📌 À retenir
- est la suite, est le terme de rang . Une suite se définit par une formule explicite , par une relation de récurrence avec son premier terme, par un algorithme ou par un motif.
- Variations : on étudie le signe de (ou on compare à si les termes sont strictement positifs).
- Arithmétique : , terme général , croissante si . Somme nombre de termes et .
- Géométrique : , terme général ; pour , croissante si , décroissante si . Somme .
- Une évolution de à chaque étape est une suite géométrique de raison (ou pour une baisse).
- Le comportement de pour grand se conjecture avec des calculs, un graphique ou un algorithme de seuil.
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