KlarIA
📐 Maths (enseignement scientifique)1ereCours

Variation linéaire : suites arithmétiques et fonctions affines

📖

Cours

Variation linéaire : suites arithmétiques et fonctions affines

Un livret qui rapporte les mêmes intérêts chaque année, un réservoir qui se vide à débit constant, une croix de carreaux que l'on agrandit d'un cran à chaque étape, le niveau des océans qui monte de quelques millimètres par an : dans toutes ces situations, la grandeur étudiée augmente ou diminue de la même quantité à chaque étape. C'est la variation linéaire, le modèle d'évolution le plus simple.

Quand l'évolution se fait par étapes (année après année, figure après figure), on la décrit par une suite arithmétique. Quand elle est continue (la température, le temps qui s'écoule), on la décrit par une fonction affine. Ce chapitre présente les deux outils et montre qu'ils racontent la même histoire : un accroissement constant, une droite.

1. Modéliser une évolution par une suite

1.1 Une grandeur qui évolue par étapes

Exemple : un placement à intérêts simples. On place 20002\,000 € sur un livret qui verse chaque année 3%3\,\% du capital initial, soit 6060 €. Le capital vaut 20002\,000 € au départ, 20602\,060 € après un an, 21202\,120 € après deux ans, 21802\,180 € après trois ans.

On note u(n)u(n) le capital après nn années. La lettre uu désigne la suite, c'est-à-dire la liste complète des valeurs ; u(n)u(n) est le terme de rang nn, un seul nombre. Ainsi u(0)=2000u(0) = 2\,000, u(1)=2060u(1) = 2\,060, u(3)=2180u(3) = 2\,180. On rencontre aussi la notation avec un indice, unu_n, qui signifie exactement la même chose que u(n)u(n).

1.2 Deux façons de définir une suite

Par récurrence : on donne le premier terme et la règle de passage d'un terme au suivant.

u(0)=2000u(n+1)=u(n)+60u(0) = 2\,000 \qquad u(n + 1) = u(n) + 60

Cette définition est fidèle à la situation (« chaque année, on ajoute 6060 € »), mais pour connaître u(20)u(20) il faut calculer les vingt termes précédents.

Par une formule explicite : on donne directement u(n)u(n) en fonction de nn.

u(n)=2000+60nu(n) = 2\,000 + 60n

Après nn années, on a ajouté nn fois 6060 € : u(20)=2000+60×20=3200u(20) = 2\,000 + 60 \times 20 = 3\,200 €, sans passer par les termes intermédiaires. Savoir passer de l'une à l'autre est l'un des objectifs du chapitre.

1.3 Un motif géométrique qui grandit

Exemple : une croix de carreaux. La figure de rang 11 est un carreau central entouré de quatre carreaux ; à chaque étape, on ajoute un carreau au bout de chacune des quatre branches.

La figure 11 compte 55 carreaux, la figure 22 en compte 99, la figure 33 en compte 1313 : à chaque étape on ajoute 44 carreaux. Si c(n)c(n) est le nombre de carreaux de la figure nn :

c(n+1)=c(n)+4etc(n)=4n+1c(n + 1) = c(n) + 4 \qquad \text{et} \qquad c(n) = 4n + 1

La formule explicite se lit directement sur la figure : quatre branches de nn carreaux, plus le carreau central. Pour la figure 5050, on obtient 201201 carreaux sans dessiner.

Motif géométrique : la croix de carreaux

2. Suites arithmétiques

2.1 Définition

Une suite uu est arithmétique lorsqu'on passe de chaque terme au suivant en ajoutant toujours le même nombre rr, appelé la raison :

u(n+1)=u(n)+r\boxed{u(n + 1) = u(n) + r}

Le capital à intérêts simples est une suite arithmétique de raison 6060, la croix une suite arithmétique de raison 44. Une raison négative correspond à une diminution : un réservoir de 150150 L qui perd 1212 L par heure donne v(n+1)=v(n)12v(n + 1) = v(n) - 12, suite arithmétique de raison 12-12.

Reconnaître une suite arithmétique dans un tableau de valeurs : on calcule les différences entre termes consécutifs ; si elles sont toutes égales, la suite est arithmétique et cette différence est la raison. Si les différences changent, la suite n'est pas arithmétique.

nn0011223344
u(n)u(n)771010131316161919

Différences : 33, 33, 33, 33. Suite arithmétique de premier terme 77 et de raison 33.

2.2 Terme de rang nn

Partant de u(0)u(0), on ajoute rr à chaque étape ; après nn étapes, on a ajouté n×rn \times r :

u(n)=u(0)+n×r\boxed{u(n) = u(0) + n \times r}

Si la suite commence au rang 11 : u(n)=u(1)+(n1)×ru(n) = u(1) + (n - 1) \times r. Plus généralement, entre les rangs pp et nn il y a npn - p étapes : u(n)=u(p)+(np)×ru(n) = u(p) + (n - p) \times r.

Exemples. Livret : u(15)=2000+15×60=2900u(15) = 2\,000 + 15 \times 60 = 2\,900 €. Réservoir : v(n)=15012nv(n) = 150 - 12n, donc v(5)=90v(5) = 90 L. Suite du tableau : u(100)=7+100×3=307u(100) = 7 + 100 \times 3 = 307.


🎯 Compter les étapes, pas les termes. De u(0)u(0) à u(n)u(n), il y a nn ajouts de rr ; de u(1)u(1) à u(n)u(n), il n'y en a que n1n - 1. Beaucoup d'erreurs viennent d'un « +r+ r » en trop ou en moins : avant d'écrire la formule, repérer le rang du premier terme.


2.3 Sens de variation

Comme u(n+1)u(n)=ru(n + 1) - u(n) = r pour tout nn :

  • si r>0r > 0, la suite est croissante (chaque terme dépasse le précédent) ;
  • si r<0r < 0, la suite est décroissante ;
  • si r=0r = 0, la suite est constante.

Le signe de la raison suffit. Le livret est croissant, le réservoir décroissant.

2.4 Représentation graphique

Une suite se représente par les points de coordonnées (n;u(n))(n\,;\,u(n)), que l'on ne relie pas puisque nn ne prend que des valeurs entières. Pour une suite arithmétique, ces points sont alignés sur la droite d'équation y=u(0)+rxy = u(0) + r x : la raison rr est la pente de cette droite. Plus r|r| est grand, plus les points montent ou descendent vite.

Suite arithmétique : représentation graphique et seuil

Lire un graphique : le premier point donne u(0)u(0), et la raison se lit comme la variation d'ordonnée d'un point au suivant (ou sur plusieurs points, en divisant par le nombre d'étapes).

2.5 Problème de seuil

Question type : au bout de combien d'années le capital du livret dépasse-t-il 26002\,600 € ?

Par le calcul. On résout 2000+60n26002\,000 + 60n \geqslant 2\,600, soit 60n60060n \geqslant 600, soit n10n \geqslant 10. Le seuil est atteint à partir de n=10n = 10, donc après dix ans.

Par un tableau ou un graphique. On lit le premier rang dont le terme dépasse 26002\,600 : u(9)=2540<2600u(9) = 2\,540 < 2\,600 et u(10)=2600u(10) = 2\,600. Sur le graphique, on trace la droite horizontale y=2600y = 2\,600 et l'on cherche le premier point au-dessus ou dessus.

Par un algorithme. On avance de rang en rang tant que le seuil n'est pas atteint :

u = 2000
n = 0
while u < 2600:
    u = u + 60
    n = n + 1
print(n)   # affiche 10

Les trois méthodes doivent donner le même résultat. Si l'inéquation donne un nombre non entier (n8,67n \geqslant 8{,}67 par exemple), on prend le rang entier suivant (n=9n = 9).

3. Fonctions affines

3.1 Rappels de seconde

Une fonction affine est de la forme f(x)=mx+pf(x) = mx + p ; sa courbe est une droite, mm est le coefficient directeur et pp l'ordonnée à l'origine (f(0)=pf(0) = p).

Le coefficient directeur mesure l'accroissement de ff quand xx augmente de 11. Plus généralement, pour deux valeurs aba \neq b :

m=f(b)f(a)ba\boxed{m = \frac{f(b) - f(a)}{b - a}}

Ce quotient s'appelle le taux d'accroissement ; pour une fonction affine, il ne dépend pas des valeurs aa et bb choisies. C'est exactement ce que dit « variation linéaire » : un accroissement constant.

  • Si m>0m > 0, ff est croissante ; si m<0m < 0, ff est décroissante ; si m=0m = 0, ff est constante.

Exemple : degrés Celsius et Fahrenheit. La température FF en degrés Fahrenheit est une fonction affine de la température CC en degrés Celsius : F=1,8C+32F = 1{,}8\,C + 32. L'eau gèle à 00 °C soit 3232 °F, et bout à 100100 °C soit 212212 °F ; le coefficient directeur 212321000=1,8\dfrac{212 - 32}{100 - 0} = 1{,}8 signifie qu'un degré Celsius de plus fait 1,81{,}8 degré Fahrenheit de plus. Une fièvre de 3939 °C correspond à 1,8×39+32=102,21{,}8 \times 39 + 32 = 102{,}2 °F. Dans l'autre sens, 100100 °F correspond à C=100321,837,8C = \dfrac{100 - 32}{1{,}8} \approx 37{,}8 °C. Curiosité : les deux échelles coïncident pour C=1,8C+32C = 1{,}8\,C + 32, soit C=40C = -40.

3.2 Suite arithmétique et fonction affine

Si f(x)=mx+pf(x) = mx + p est affine, la suite u(n)=f(n)u(n) = f(n) est arithmétique de premier terme pp et de raison mm. Réciproquement, les termes d'une suite arithmétique sont les valeurs aux entiers d'une fonction affine. La différence est dans la nature du phénomène :

PhénomèneModèleReprésentation
Discret (par étapes : années, figures)suite arithmétiquepoints isolés alignés
Continu (température, temps, prix)fonction affinedroite entière

Un capital versé une fois par an est discret : parler du capital « après 2,52{,}5 ans » n'a pas de sens sur ce livret. La conversion de températures est continue : toutes les valeurs de CC sont possibles.

3.3 Offre et demande

En économie, la demande d'un produit diminue quand son prix augmente, tandis que l'offre des producteurs augmente. Avec des modèles affines, par exemple D(p)=1204pD(p) = 120 - 4p et O(p)=20+6pO(p) = 20 + 6p (quantités en milliers d'unités, prix pp en euros), le prix d'équilibre est celui pour lequel offre et demande sont égales :

1204p=20+6p    100=10p    p=10120 - 4p = 20 + 6p \iff 100 = 10p \iff p = 10

Au prix de 1010 €, il s'échange D(10)=O(10)=80D(10) = O(10) = 80 milliers d'unités. Graphiquement, c'est l'intersection des deux droites. En dessous de ce prix, la demande dépasse l'offre (pénurie) ; au-dessus, l'offre dépasse la demande (invendus).

Offre, demande et prix d'équilibre

3.4 Le barème de l'impôt : une fonction affine par morceaux

L'impôt sur le revenu se calcule par tranches. Barème pour une part, revenus de 20242024 (arrondi) :

Tranche de revenu RR (€)Taux marginal
de 00 à 1149711\,4970%0\,\%
de 1149711\,497 à 2931529\,31511%11\,\%
de 2931529\,315 à 8382383\,82330%30\,\%
de 8382383\,823 à 180294180\,29441%41\,\%
au-delà de 180294180\,29445%45\,\%

Chaque taux ne s'applique qu'à la partie du revenu située dans sa tranche. Pour un revenu de 3000030\,000 € :

I=0×11497+0,11×(2931511497)+0,30×(3000029315)=1960+205,52165 €I = 0 \times 11\,497 + 0{,}11 \times (29\,315 - 11\,497) + 0{,}30 \times (30\,000 - 29\,315) = 1\,960 + 205{,}5 \approx 2\,165 \text{ €}

Le taux marginal est le taux de la dernière tranche atteinte, ici 30%30\,\% : c'est le taux auquel serait imposé un euro de revenu supplémentaire. Le taux moyen est IR=2165300007,2%\dfrac{I}{R} = \dfrac{2\,165}{30\,000} \approx 7{,}2\,\% : c'est la part du revenu réellement payée. Les deux ne doivent pas être confondus : passer dans la tranche à 30%30\,\% ne signifie pas payer 30%30\,\% de tout son revenu.

Sur chaque tranche, l'impôt est une fonction affine du revenu, de coefficient directeur le taux marginal : sur la tranche à 30%30\,\%, I(R)=0,30R6834,5I(R) = 0{,}30\,R - 6\,834{,}5. La fonction complète est affine par morceaux : sa courbe est une ligne brisée, continue, dont la pente augmente de tranche en tranche.

Le barème de l'impôt, fonction affine par morceaux

3.5 Le niveau moyen des océans

Depuis 19931993, les satellites mesurent une hausse du niveau moyen des océans d'environ 3,43{,}4 mm par an. Un modèle linéaire donne l'élévation N(t)=3,4tN(t) = 3{,}4\,t en millimètres, tt étant le nombre d'années écoulées depuis 19931993. Pour 20502050, t=57t = 57 et N(57)194N(57) \approx 194 mm, soit près de 2020 cm. Comme au chapitre précédent, c'est une extrapolation : les mesures récentes montrent que la hausse s'accélère, et le modèle linéaire est probablement une estimation basse.


🎯 Reconnaître une variation linéaire dans un énoncé. Les mots-clés : « augmente de 6060 € chaque année », « perd 1212 L par heure », « 3,43{,}4 mm par an », « on ajoute 44 carreaux à chaque étape ». Une quantité fixe ajoutée ou retirée à chaque étape signale une suite arithmétique ou une fonction affine. Au contraire, « augmente de 3%3\,\% chaque année » (un pourcentage) annonce le chapitre sur la variation exponentielle.


4. Exemple résolu pas à pas

Énoncé. En 20242024, une ville consacre 1,21{,}2 million d'euros à ses pistes cyclables et décide d'augmenter ce budget de 150000150\,000 € chaque année. On note b(n)b(n) le budget, en millions d'euros, de l'année 2024+n2024 + n.

a) Justifier que la suite bb est arithmétique et donner b(n)b(n) en fonction de nn. b) Calculer le budget prévu en 20302030. c) Représenter graphiquement les premiers termes. d) À partir de quelle année le budget dépassera-t-il 2,52{,}5 millions d'euros ? e) En quelle année le budget aura-t-il doublé ?

a) Chaque année, on ajoute la même somme, 0,150{,}15 million : b(n+1)=b(n)+0,15b(n + 1) = b(n) + 0{,}15. La suite est arithmétique de premier terme b(0)=1,2b(0) = 1{,}2 et de raison 0,150{,}15. Donc b(n)=1,2+0,15nb(n) = 1{,}2 + 0{,}15n.

b) 2030=2024+62030 = 2024 + 6, donc n=6n = 6 : b(6)=1,2+0,15×6=2,1b(6) = 1{,}2 + 0{,}15 \times 6 = 2{,}1. Le budget prévu est de 2,12{,}1 millions d'euros.

c) Les points (n;b(n))(n\,;\,b(n)) sont alignés sur la droite y=1,2+0,15xy = 1{,}2 + 0{,}15x.

nbudget (M€)123456789100,511,522,530seuil 2,5b(9)
Les premiers termes de la suite bb : des points alignés sur la droite y=1,2+0,15xy = 1{,}2 + 0{,}15x. Le seuil 2,52{,}5 est franchi au rang 99.

d) On résout 1,2+0,15n>2,51{,}2 + 0{,}15n > 2{,}5, soit 0,15n>1,30{,}15n > 1{,}3, soit n>1,30,158,67n > \dfrac{1{,}3}{0{,}15} \approx 8{,}67. Comme nn est entier, le premier rang qui convient est n=9n = 9 : le budget dépassera 2,52{,}5 millions en 2024+9=20332024 + 9 = 2033. Vérification : b(8)=2,4<2,5b(8) = 2{,}4 < 2{,}5 et b(9)=2,55>2,5b(9) = 2{,}55 > 2{,}5.

e) Le budget aura doublé quand b(n)=2,4b(n) = 2{,}4 : 0,15n=1,20{,}15n = 1{,}2, soit n=8n = 8, c'est-à-dire en 20322032.


🎯 Trois réflexes pour un problème de seuil. Écrire l'inéquation avec la formule explicite ; résoudre en isolant nn ; conclure avec un rang entier (le premier qui convient) traduit en année, et vérifier avec les deux termes qui encadrent le seuil.


📌 À retenir

  1. Une suite uu est une liste de nombres ; u(n)u(n) (ou unu_n) est son terme de rang nn. Elle se définit par récurrence (u(0)u(0) et u(n+1)=u(n + 1) = \ldots) ou par une formule explicite (u(n)=u(n) = \ldots).
  2. Suite arithmétique de raison rr : u(n+1)=u(n)+ru(n + 1) = u(n) + r et u(n)=u(0)+n×ru(n) = u(0) + n \times r. On la reconnaît à des différences constantes. Croissante si r>0r > 0, décroissante si r<0r < 0.
  3. Ses points (n;u(n))(n\,;\,u(n)) sont alignés ; la raison est la pente. Discret : points, continu : droite.
  4. Fonction affine f(x)=mx+pf(x) = mx + p : le coefficient directeur m=f(b)f(a)bam = \dfrac{f(b) - f(a)}{b - a} est le taux d'accroissement, constant ; p=f(0)p = f(0).
  5. Seuil : inéquation avec la formule explicite, rang entier suivant, retour au contexte ; ou tableau, graphique, boucle while.
  6. Situations : intérêts simples, motifs, Celsius-Fahrenheit, équilibre offre-demande (intersection de deux droites), impôt par tranches (affine par morceaux, taux marginal \neq taux moyen), niveau des océans.

Révise ce chapitre avec KlarIA

Tuteur qui t'explique pas à pas, quiz pour t'entraîner, flashcards pour mémoriser. Gratuit.

Créer mon compte gratuitement